lundi 28 octobre 2019

Nager et se concentrer


Brrrr… Toujours aussi difficile d’entrer dans l’eau. Des années de natation d’y ont rien changé. Si seulement cette échelle avait plus de degrés, on pourrait s’immerger plus progressivement ; hélas la dernière barre est à un mètre du fond. 



La ligne d’eau choisie n’est pas trop bondée, une poussée vigoureuse sur le bord et c’est parti. L’objectif est modeste, comme il doit l’être après une longue période sans pratiquer : neuf cents mètres sans s’arrêter. En fait c’est ambitieux.

Les muscles sont froids, n’allons pas trop vite. D’abord trouver mon rythme, bien synchroniser bras, jambes et respiration. Se caler. Je suis dans ma ligne, je ne peux pas voir le mur opposé, trop myope. Ce n’est pas grave, p se concentre sur les mouvements, l’un après l’autre. Selon Lao Tseu, un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. Neuf cents mètres de brasse dans une piscine commencent toujours pas une poussée, un mouvement de jambes, un de bras.

La mécanique s’installe, mon dos est bien droit, les gestes s’enchainent.

Est-ce que je vais arriver à faire ces neuf cents mètres ? Je vais être fatiguée après. Heureusement j’ai préparé le diner hier soir, pas grave si je ne rentre pas de bonne heure. Il faudra vider le lave-linge, ranger la chambre, pfff… Je vais encore me coucher tard.

Le mu est là, virage, poussée, c’est reparti. Je serre mon ventre, histoire de garder le dos plat. Concentre-toi sur les mouvements, sens tes muscles. Demain il y a cette réunion, j’ai oublié de la préparer. Il faudra en arrivant au bureau que je relance T. qui ne m’a pas donné sa contribution. Ah aussi, je n’ai pas répondu au mail de Z., je ne sais pas quoi lui dire…

Mur, virage, poussée.

Soupir. Tout va trop vite, je n’ai pas le temps. Bon arrête de te plaindre, concentre-toi sur tes sensations. Les muscles se délient j’avance facilement, c’est si bon de se sentir légère dans l’eau. Le rythme est plus soutenu, contente de moi. L’effort est un plaisir.

J’aurai surement le temps de regarder un épisode de ma série en cours ce soir. La peau tirera, les cheveux sentiront le chlore, mais ça n’a pas d’importance. Jambes, bras. Oups, j’ai perdu le compte ! Combien de longueurs, cinq, six ? Les mouvements continuent, je suis sur pilotage automatique. Je fais le point. Je pense que c’est six. Oui, si je vais dans ce sens de la piscine, c’est forcément six.

Mur, virage, poussée.
Jambes, bras.
C’est parti pour une nouvelle longueur. Facile.

Le boulot, ça ne vas pas. Les projets sont compliqués, il y a plein de problèmes. Je ne comprends pas pourquoi les solutions que j’ai proposé ce matin. Quels étaient les arguments déjà  Ah oui, ça me revient. Analyse. Non ! Bras, jambes. Serrer le ventre. Se concentrer sur le mouvement.

Ma séance de piscine, c’est aussi pour me vider la tête. Ne pas laisser le cerveau vagabonder.

Mur.
Ça commence à tirer dans les bras. J’en suis à huit cents mètres, tout va bien, j’irai au bout. Mes sensations, les surveiller. Oups, le dos se cambre, serrer le ventre. Ne pas relâcher son attention.

Il y a moins de plaisir et plus d’effort désormais. Je me fatigue, c’est bien. Je serai un peu molle ce soir, pas un souci. Les muscles du dos commencent à ronchonner. Je suis contente de les sentir, une partie de mon corps avec laquelle je suis souvent fâchée, là je lui fais du bien. Ne pas perdre le rythme, si près de la fin ce serait dommage. Ça coûte, mais c’est bon. Le cerveau s’égare moins maintenant. Hein, tu ne fais plus le malin là ?

Dernier mur.
Contact de la main, je me redresse, je respire. Une bonne séance, mais la prochaine fois, j’éviterai de penser à tant de choses, c’est sûr. Si je suis attentive à mes gestes, je nage mieux. Oui, je me promets d’y arriver.

Comme à la fin de chaque série de longueurs, quel que soit leur nombre.

jeudi 29 août 2019

ma musique vintage


Je l’ai avoué dans mon dernier billet, j’ai la nostalgie des années 70. En fait, j’ai souvent pensé que j’étais née 10 ans trop tard parce que…  toute la musique que j’aime, c’est la musique folk, la musique hippie, le rock de des années 70, un peu le reggae. Mais à cette époque-là j’étais bien trop jeune pour me rendre compte de la richesse musicale de cette période enfiévrée ! 

Dans la décennie suivante, et celle d’après, et aussi celle d’après, j’ai écouté les tubes du moment à la radio. J’ai aimé des artistes des chansons. J’ai parfois délaissé ces airs pourtant gravés dans ma mémoire. J’ai mis longtemps à comprendre à quel point ces rythmes me parlaient plus que d’autres, et plus j’avance dans la vie, plus je les aime… 

Les 50 ans de Woodstock me rendent donc toute chose… Le plus beau concert auquel j’ai assisté était celui de Simon et Garfunkel à Auteuil en 81 (celui qu’ils ont fait à Central Park) alors qu’ils étaient déjà séparés… Bref, J’ai plutôt l’impression d’avoir loupé quelque chose que vécu quelque chose. 




J’ai vu Easy Rider à l’aube des années 2010, je suis en train de lire les Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin (terriblement vintages !), je n’ai jamais vu Hair, ni un concert de Clapton, quel que soit le bout par lequel on considère ma situation, j’ai loupé quelque chose. 

J’entends souvent une pub pour une marque de voiture avec un slogan : « on n’arrête pas le temps qui passe, on s’adapte ». Si on met de côté l’injonction (on en subit tellement…), il y a un peu de vrai dans cette phrase. On n’arrête pas le temps qui passe, on n’a pas d’autre choix que de vivre ici et maintenant. Avec tout ce qui caractérise notre siècle : les nouvelles technologies, la montée des fanatismes de tous bords, l’urgence climatique et environnementale, la présence envahissante d’Internet (un atout permanent et un poison), … 

Cependant rien ne m’empêchera de fredonner encore et encore des rengaines vintages, d’écouter ces rythmes qui me font vibrer, et d’aimer aussi de nouvelles sonorités ! Si j’ai loupé la décennie seventies, et que je ne peux que rester de mon temps (je n’ai toujours pas de DeLorean), rien ne m’oblige à subir une production médiocre que je n’aime pas (Ok il y a aussi du bon). Je suis libre ! Je ne suis pas un numéro ! Oh mon Dieu le ballon blanc !


mardi 27 août 2019

Vintage, moi ?


A la faveur d’un reportage à la télé, j’ai découvert que la définition du vintage est (en gros) : « tout ce qui a plus de 20 ans ». Nom d’un p’tit bonhomme ! Les deux tiers de ma vie sont vintage ! Apprendre ça tout de go, ça fout un coup sur la cafetière. 



Alors tout ce que j’ai aimé et aime encore : les chansons folk, les Beatles, Eric Clapton, les fleurs et les tresses dans les  cheveux (même si une blessure sournoise à l’épaule m’empêche d’en faire), Rencontres du 3ème type, La Guerre des Etoiles (et oui, ça s’appelait comme ça de mon temps), Un dimanche à la campagne, tout ça c’est vintage ? 

Coluche, l’élection de Mitterrand, le vote à 18 ans, les sabots, les foulards dans les cheveux (c’est fou tout ce qu’on a pu mettre dans nos cheveux), la légalisation de la contraception et de l’IVG, tout ça c’est vintage ? 

Les plus attentifs d’entre vous auront noté que je n’ai cité aucun livre, ce qui peut surprendre. Et bien c’est incroyable, je sais, mais… Je suis incapable de me rappeler ce que je lisais à mes âges vintages. Sans doute beaucoup de classiques (Zola surtout), qui étaient donc déjà plus que vintage ! De plus, si je me rappelle pas mal de titres de romans lus ou dévorés je suis assez incapable de dire si c’était il y a plus ou moins de vingt ans. Mais une chose est sûre : une grande partie de ma bibliothèque est vintage. 

A ce stade, une question se pose : c’est grave docteur ? Sans doute pas. Ma situation est celle d’une grande partie de la population. Avoir des souvenirs, un passé, c’est une richesse. Mais qu’il est étrange de se dire que toutes ces choses que j’ai aimées sont pour une autre grande partie de la population « des trucs de vieux ». 

Une autre source de vexation est de constater que ce qui attire les amateurs de vintage aujourd’hui sont les années 50 ou les années 80. Pas « mes » années, les années 70. Elles sont donc dans un entre-deux, pas assez vieilles ou déjà trop. D’autant plus que… je ne comprends pas ce qui attire dans ces décennies. 

Le reportage expliquait le goût du vintage par la nostalgie d’un temps où le monde était meilleur. Vraiment ? 

Les jeunes femmes qui ne jurent que par les années 50 savent-elles qu’à cette époque il n’y avait ni contraception ni IVG, que leurs grand-mères n’avaient pas le droit de travailler sans l’accord de leur père ou mari, ni d’avoir un compte en banque ? Que la reconstruction après la guerre s’est accompagnée de privations ? Que l’appel de l’abbé Pierre date de l’hiver 54 ?
Et comment regretter les années 80 avec ces horribles coiffures, les vestes épaulées, les maquillages orange ou rose, les collants fluo ? Beurk ! Cette période a aussi été marquée par l’apparition sournoise de la société de consommation à outrance, par le fric qu’il fallait gagner en masse, par la dérive mortifère du capitalisme… 

Bien sûr, je noircis volontairement le tableau. Ces décennies ont eu leur part positive. Comme toutes les autres. Et comme on ne peut rien changer au fait que cette année est l’année 2019 (je n’ai pas de DeLorean) ni au fait que j’ai 55 ans, pourquoi ne pas simplement continuer de vivre avec mon temps, tout en chérissant les bons souvenirs du passé ? Sans pour autant nier les mauvais, qui nous ont façonnés autant que les positifs. Allez, retour vers le présent !