lundi 15 mars 2021

Des coïncidences entre lectures et actualité ?

 


En choisissant aujourd’hui sur mon étagère Autour du monde, de Laurent Mauvignier, j’ai eu une belle surprise : ce roman, qui attend d’être lu depuis bien longtemps,  se passe le 11 mars 2011, jour du terrible tremblement de terre au Japon, suivi de la catastrophe de Fukushima, dont on vient de célébrer le triste dixième anniversaire. Pour être précis, j’écris le 14 mars 2021.

Cette coïncidence m’a troublée, car l’année 2020, qui s’est achevée il y a peu, a été parsemée de telles coïncidences, de résonances plus ou moins involontaires avec l’actualité.

Dans Un monde sans fin de Ken Follett qui se déroule au Moyen-Age, au cours d’une épidémie de peste, une femme a une intuition et recommande à tous de se couvrir le visage d’un tissu pour éviter la contamination. C’était pendant le premier confinement, en pleine pénurie de masques chirurgicaux, quand tant de couturières amatrices ou professionnelles en cousaient à la pelle.

Et toujours les forêts, de Sandrine Collette, évoque une fin du monde inexpliquée et d’une terrible brutalité, mais en lien avec un soleil implacable… Paru en janvier 2020, ce roman suivait deux étés particulièrement secs et caniculaires, et en précédait un troisième. J’ai choisi ce roman d’abord pour Sandrine Collette, dont j’adore l’écriture, et pour son thème, qui n‘aborde pas la question du dérèglement climatique en tant que telle – c’est surtout un cadre – mais je n’ai pas pu m’empêcher de me demander s’il était prémonitoire ?

Par hasard, au cours de l’année, j’apprends que Deon Meyer, dans L’année du lion, suit le parcours d’un père et son fils dans un monde ou 95% de l’humanité est morte à cause d’une pandémie à coronavirus… Cette découverte aurait pu se produire l’année d’avant et n’aurait aucunement fait écho à l’actualité ! Bien entendu, je me le suis procuré et l'ai lu.

Me voici donc en train de me demander : coïncidences ou destin ? Quelle probabilité que de telles percussions entre mes lectures et l’actualité se produise ?

J’ai donc passé en revue mes listes de lectures des dernières années, cherchant si de telles concomitances avaient déjà existé. Cruelle déception ! J’ai bien repéré quelques lectures choisies en fonction de l’actualité, mais pas de telles rencontres imprévues ! Dommage, l’idée fugitive de ces hasards qui créeraient une correspondance entre le monde tel qu’il va et mes lectures me plaisait. Et si de nouvelles percussions se passent dans les mois à venir, je vous en ferai part, promis J

 

mercredi 3 février 2021

Passer à 2021 en livres


Cette période de l’année est devenue celle du bilan. Enfin c’est l’idée que je m’en fais puisque les billets identifiés « bilan » ont été publiés à l’été 2013, en janvier 2014, fin 2014 (autant dire janvier 2015), en janvier 2016 et en juillet 2018. Bon en fait c’est un peu quand je veux, quoi. Cela me rappelle le journal de mon école, pour lequel je faisais la mise en page, et dont le rythme de parution nous l’avait fait baptiser « irrégulomadaire ».

Allez, peu importe, on y va, on fait le bilan. Ensuite on passe à 2021 😀

En neuf ans d’existence, ce blog a vu mettre en ligne 225 articles, soit quelque chose comme 2 articles par mois. Bien ou mal on s’en moque, c’est juste pour afficher un chiffre.

En juillet 2018, je constatais avec plaisir que mes billets ont une vie propre (lien) : en gros, après que la pub sur les rézosocios était finie, leur score de lecture continuait à monter gentiment. Eh bien ceci est toujours vrai puisqu’à l’époque A l’Encre Bleu Nuit totalisait 185 lectures par billet en moyenne et qu’aujourd’hui c’est 210 ! Rien ne pourrait plus me réjouir. Savoir que les sujets abordés peuvent toujours avoir un intérêt, c’est flatteur.

L’année 2020 a été spéciale pour moi. Bon je sais, pour vous aussi, mais là je vous parle de mes lectures. Le premier confinement m’a un peu bloquée, et je vous en ai longuement parlé ici (lien). Le deuxième c’était nettement mieux, mais il n’a pas fait l’objet d’un article.

Au final, j’ai lu 34 livres, un peu moins que d’habitude, je tourne plutôt à 37. Les chiffres confirment mon sentiment de blocage, ça rassure quand les chiffres disent la vérité, non ?

Parmi ces lectures, quelques-unes ressortent comme les grands livres de mon année, et au fond c’est ça qui est important, plus que les chiffres. Voici donc mes conseils de lecture :

Et toujours les forêts, Sandrine Collette

Une histoire de fin du monde, qui brûle soudain tout ce qui se trouve à la surface de la terre, et ne laisse survivre que ceux qui étaient dessous, comme le héros qui se baladait dans les catacombes avec ses amis.

Il décidera de retourner auprès de son arrière-grand-mère, au fin fond d’une campagne ou règnent les forêts, puis tentera de repeupler la planète…

Une destruction, une errance puis l’essai d’un nouveau départ : il y a bien entendu du Ravage de Barjavel dans ce roman. Mais il est ancré dans le monde d’aujourd’hui, avec ses grandes faiblesses, dont le dérèglement climatique, et la fin est moins porteuse d’espoir : il ne s’est pas encore créé de nouvelle société.

J’aime beaucoup la plume de Sandrine Collette, et elle est ici d’une force incroyable pour décrire le monde d’avant et le monde d’après ;-) ainsi que l’obstination presque animale du héros, portée par un instinct de survie jamais mentionné mais toujours présent.

Le rire du grand blessé, Cécile Coulon

Formidable histoire d’un monde ou la lecture est devenu un grand spectacle dans des stades, pour calmer les dépressions et susciter des « sentiments ». Les hommes qui assurent la sécurité de ces événements ne savent pas lire et ne comprennent pas ce que cela suscite.

Evidemment un évènement imprévu va mettre un grain de sable, révéler l’envers du décor et permettre un merveilleux hommage à des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes (que je recommande vivement !)

Le cœur de l’Angleterre, Jonathan Coe

Excellent, une chronique qui court de 2010 à 2018, en suivant les personnages on voit l’Angleterre se déchirer progressivement. Chez eux ça a donné le Brexit, chez nous les gilets jaunes. Tès instructif, en plus du plaisir de retrouver les personnages de Bienvenue au club, quarante ans plus tard

Voyage d’hiver, Jaume cabré

Que dire ? juste : « prodigieux ».

Un ensemble de quatorze nouvelles qui s’appellent et se répondent, utilisant les mêmes personnages, le même contrepoint musical surprenant de Kaspar Fisher, la présence de Schubert ou  de Rembrandt Van Rijn, même si les textes se situent dans les lieux et des temps différents, La Catalogne, Oslo, Vienne, …

Pour réussir un exploit pareil, il faut une maîtrise incroyable des textes, qui annonce Confiteor, roman d’une merveilleuse complexité, qui fait appel également à la présence de la musique, la multiplicité des lieux et des époques. Pour moi, cet auteur est un géant de la littérature actuelle.

la discrétion, Faïza Guène

Ce roman suit une femme née en 1949 en Algérie, grandie dans un pays déchiré par des guerres, puis mariée à un homme immigré en France, ou grandiront ses quatre enfants. Il explore comme une femme un peu révoltée pendant ses jeunes années devient, petit à petit, une femme effacée, qui essaie de se fondre dans le paysage, dans une France qui ne veut pas vraiment d’elle ni de ses enfants. Comment la discrétion devient pour elle la grande vertu, comment ses enfants deviendront frustrés par la vie qu’ils mènent, pas celle qu’ils auraient rêvée, une vie pleine de renoncements, de déceptions, et de difficulté à trouver leur place.

La colère refoulée par la mère est le terreau dans lequel ses enfants ont grandi, et elle pourrait exploser en eux.

L’écriture est simple comme les gens dont elle parle, d’une très grande finesse sur leurs sentiments, tout ce qui fait les petites et les grandes humiliations du quotidien. A petites touches, l’autrice aborde de nombreux sujets de société, et sans brutalité a tendance à gratter là où cela fait mal.  Une des très belles surprises de cette rentrée littéraire !

(nota : je vous copie-colle ici mes notes perso, elles sont longues ou courtes mais elles concernent toutes des livres exceptionnels !)

Un autre point marquant de l’année 2020 est … que j’ai lu des essais ! Je suis une fervente du roman. J’adore la fiction, et pour peu que l’auteur ait fait un vrai travail de recherche, j’apprends plein de choses en lisant du roman. Mais parfois… l’essai est irremplaçable. Sauf que souvent c’est dur à lire, un essai. Je l’avoue : j’ai souvent du mal. Parfois le vocabulaire, parfois la façon dont les choses sont expliquées me posent problème. Et pourtant cette année j’ai lu :

  •     Henri-David Thoreau, la désobéissance civile
  •     Je chemine avec Gilles Clément
  •     Frédéric Lenoir, Vivre ! dans un monde imprévisible
  •     Jacques Tassin, penser comme un arbre.
  •     L’indépendance catalane en questions, Peloille/Buj/Trepier (commencé en 2020, fini en 2021)

Un superbe score ! J’ai été troublée par Thoreau, même si son acte de désobéissance civile est tout petit par rapport à ceux des activistes actuels qui se réclament de lui, et fascinée par le livre de Jacques Tassin qui déconstruit des idées proposées par un certain forestier allemand, qui me paraissaient… trop anthropocentrées.

Frédéric Lenoir propose des pistes intéressantes pour faire face à la crise actuelle et peut aider beaucoup d’entre nous, Gilles Clément est aussi une source d’inspiration, dans un registre différent !

L’essai sur l‘indépendance catalane m’a semblé partisan et m’a agacée.

Mais au final, ces lectures m’ont toutes enrichies, différemment de ce que ferait un roman, et je suis très fière d’en entre venue à bout !

L’année 2020 est finie, 2021 sera sans doute encore une année difficile, mais point de vue lecture je me sens plus armée. J’ai une belle PAL (1), et la franche envie de lire ces livres qui parfois m‘attendent depuis… des années ! Mais les fidèles lecteurs de ce blog le savent déjà, j’en ai parlé en 2013 ici. Depuis je n’ai pas changé, si ce n’est que ma PAL est beaucoup mieux rangée.

 Je vous souhaite une année riche en belles rencontres littéraires, pour le reste de votre vie ça ne me regarde pas ;-)

PS : merci à Valérie qui se reconnaitra pour ses conseils de lecture en 2020 (Cécile Coulon et Frédéric Lenoir cités ici), et à Philippe Poulet pour le conseil sur Jacques Tassin.

 (1): Pile A Lire

 

 

 

vendredi 8 janvier 2021

Barcelone, ville littéraire (2/2)

 

Barcelone ville littéraire 1 : ici

 


 

La ville a continué à vivre et à changer après 1929, et si elle fut durement meurtrie par les années de guerre civile, la littérature fait un saut dans le temps et nous emmène dans les années d’après-guerre, quarante et cinquante. Les romanciers nous décrivent alors une cité sombre, grise, oppressante et oppressée. La vie y est dure, surtout quand on a été « rouge » (ainsi que les franquistes désignent toute personne ayant combattu dans le camp dit républicain), ou quand un parent l’a été. La plupart des romans sont imprégnés par l’absence, le deuil, le poids d’une société bien-pensante.

Juan Marsé est sans doute celui qui décrit le mieux Barcelone, lui qui en a fait le lieu d’une grande partie de ses œuvres (peut-être toutes, mais je ne peux l’affirmer avec certitude. S’il faut ne lire qu’un seul de ses romans, c’est sans doute

Calligraphie des rêves

J’avais longuement évoqué ce livre exceptionnel dans le compte-rendu de mes lectures de l’été 2013, ici.

Barcelone est ici plus qu’un cadre, c’est sans doute le seul espace possible pour la chronique « plus amère que douce » d’un quartier de la ville, selon l’expression utilisée sur le site www.biblioblog.fr,

Vous trouverez quelques extraits dans la rubrique Petit bonheurs de lecture, en cliquant sur ce lien.

A la même époque, Carlos Ruiz Zafon vous emmène au Cimetière des Livres Oubliés, dans

L’ombre du vent

Voici une présentation du livre dans laquelle je me retrouve : lien

Vous l’aurez compris, il s’agit encore un roman d’apprentissage dans la ville grise qu’est alors Barcelone, cette-fois-ci autour des livres et du mystère, à des lieues d’une certaine forme de réalisme social qu’on trouve chez Marsé.

Ici le lecteur est plongé dans la Barcelone gothique, qui vit, respire, souffre et punit. On retrouve là une atmosphère qui rappelle celle du Barcelone de Daniel Sanchez Pardos, ou de Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat. Brouillard (eh oui, Barcelone n’est pas la ville du soleil, surtout en hiver), lieux énigmatiques voire effrayants, tout dans cette ville est chargé de l’ambiance lourde des années d’après-guerre sur laquelle pèse en plus tout le poids de l’histoire de la cité.

L’immense succès de ce roman a engendré la création d’une visite de la ville sur les lieux évoqués dans le livre, avis aux amateurs de balades littéraires (lien)

Si je conseille vivement L’ombre du vent, qui se suffit à lui-même, il me semble que le lecteur pourra bien aisément se passer des tomes 2 (le saut de l’ange) et 3 (le prisonnier du ciel), qui ne sont pas du tout à la hauteur du premier opus.

Barcelone comme le reste de l’Espagne a pansé ses plaies et continué à vivre, offrant à d’autres romanciers un cadre à des œuvres d’un genre différent. Passons donc à la Barcelone moderne !

Pepe Carvalho, Manuel Vásquez Montalbán

Pepe Carvalho n’est pas le nom d’un roman mais celui d’un personnage récurrent de Montalbán, détective privé et gastronome barcelonais. Ses enquêtes lui font arpenter toute la ville, et en suivant ses pas on découvre la Barcelone des années 70, 80 et suivantes, dans une société qui est enfin libérée du poids de la dictature, ou l’on retrouve une vraie joie de vivre (enfin la société parce que Pepe, c’est une autre histoire…)

Je vous l’avoue bien volontiers je ne suis pas fan de ce personnage et des romans associés. Mais on ne peut pas faire un tour littéraire honnête de Barcelone à travers les âges sans l’évoquer. A conseiller tout particulièrement aux gourmets car Pepe Carvalho est souvent aux fourneaux et mitonne des plats qui semblent succulents ! Mais il a une habitude que je réprouve : tout bon repas à préparer commence par un livre à brûler…

Confiteor, Jaume Cabré

Ce roman m’a tant éblouie que je me suis toujours sentie incapable de le résumer ou d’en rendre compte avec justesse. Je m’en remets donc au blog La Cause Littéraire, qui en parle si bien, ici

Soyons honnêtes : je vous annonce la Barcelone moderne, ce qui est le cas puisque le narrateur parle à la fin de sa vie, dans les années 2000, mais en réalité, Cabré nous emmène dans de multiples lieux et époques, entremêlant les fils des différentes histoires pour toujours revenir… à Barcelone. C’est ici la ville matrice, celle qui aurait pu façonner le héros enfant, dans une ville ou l’après-guerre est encore présente, si ses choix d’amitié et ses études loin de Barcelone ne lui avaient pas  permis de donner une autre direction à sa vie.

Jaume Cabré, écrivain couvert de prix littéraires, n’est pas aussi connu en France qu’il le mériterait, lui dont l’écriture est extrêmement inventive, avec des récits juxtaposant les époques avec art (Les voix du Pamano) ou avec des nouvelles polyphoniques (Voyages d’hiver). Je ne saurais trop conseiller au lecteur curieux de découvrir des voix littéraires différentes, qui renouvellent le genre du roman sans le dénaturer, de se tourner vers Jaume Cabré.

J’ai fini ici de passer en revue la Barcelone littéraire, du moins ce que j’en connais. Toutes mes excuses chers lecteurs si j’ai oublié des œuvres importantes, n’hésitez pas à me le signaler !

mardi 5 janvier 2021

Barcelone ville littéraire (1/2)

 


Bien que n’étant pas une grande voyageuse, je suis fascinée par les noms de lieux, ce qu’ils évoquent, les histoires qu’ils contiennent. Tombée par hasard sur l’esprit des lieux de Tristan Savin, j’ai eu envie de lui emboiter le pas et de le suivre vers ces lieux inspirants. J’en ai rendu compte ici. J’ai aussi manifesté mon agacement de ne pas voir citer Barcelone, cette ville qui se trouve au cœur de tant de romans.

Et pourtant, Sylvain Tesson écrit dans la préface : « Le terrain féconde les hommes, soulève l'esprit. Mieux, il l'influence !" Peut-on parler autrement de Barcelone ?

Chacun à leur façon, avec leur inspiration et leur style, de nombreux écrivains ont raconté Barcelone, qui de cadre au récit devient très vite personnage du roman, distillant une atmosphère, un état d’esprit. De Barcino, fondée juste avant Jésus-Christ par le fils de l’empereur Auguste à nos jours, c’est une ville qui n’a cessé de se réinventer, de se transformer, devenant toujours une autre sans renier tout-à-fait ce qu’elle fut. Quel terreau pour des romans ambitieux, parfois fantastiques, parfois noirs, toujours passionnants.

Depuis l’article de blog déjà mentionné, publié il y a plus de quatre ans, j’ai eu le plaisir de lire d’autres romans barcelonais. Je m’apprête donc à vous proposer, chers lecteurs, une série de titres que j’ai aimés et qui me donnent encore plus soif de lire sur Barcelone.

Laissez-moi donc vous emmener voyager vers cette ville, avec des escales dans chaque époque…

La cathédrale de la mer, Ildefonso Falcones

Frédéric Effe en parle tellement bien sur le site MoyenAgePassion.com, ici (lien), qui je vous invite à cliquer, je ne vais pas me risquer à tenter ma propre critique !

Au fil des pages, on découvre une Barcelone qui se construit, qui se recrée sous la poussée des événements. Une ville dans laquelle on peut mettre tous ses espoirs, comme être détruite par elle. Une ville au sein de laquelle le héros, né misérable, deviendra un personnage de premier plan. Ville donc de tous les possibles, thème qu’on retrouve dans de nombreux romans.

Spoiler : la scène de viol du premier chapitre est si insoutenable qu’après l’avoir lu, j’ai dû laisser le livre de côté et attendre d’être capable d’affronter cette violence. Heureusement la suite du roman, si elle est parfois dure, n’atteint plus ces sommets de cruauté.

Si je poursuis dans l’ordre chronologique des événements, nous arrivons à

Barcelone, Daniel Sanchez Pardos

Ce n’est à mon goût pas le meilleur roman que j’ai lu autour de Barcelone, mais on y capte l’atmosphère de l’époque.

Voici la quatrième de couverture :

Barcelone, 1874 : ses mystères, ses conspirations politiques, son architecte surdoué...
Après plusieurs années d'exil en Angleterre avec sa famille, Gabriel Camarasa regagne l'Espagne alors consumée par les luttes de pouvoir. Étudiant en architecture à Barcelone, il se lie d'amitié avec un élève un peu plus âgé que lui : Antoni Gaudí. Une personnalité insaisissable, d'une érudition étonnante, et qui a un penchant pour les disciplines ésotériques. Les deux jeunes gens deviennent vite inséparables.
Mais quand la vie tranquille de Gabriel se voit perturbée par un assassinat – dont on accuse son père, le directeur du journal tapageur Les Nouvelles illustrées –, le jeune homme en vient à douter de tout son entourage. À commencer par Fiona, la femme qu'il aime, et Gaudí. Pourquoi son ami connaît-il si bien les bas-fonds de Barcelone et ses habitants peu recommandables ? Que fait-il la nuit parmi eux ? Et, surtout, que sait-il à propos d'une conspiration qui pourrait bien mener à la destruction de la
célèbre basilique Santa Maria del Mar ?

Voilà un solide roman policier, avec ce qu’il faut de personnages étonnants, excentrique, mystérieux… Voilà aussi un roman qui nous fait arpenter les rues de Barcelone, rencontrer sa faune, se familiariser avec certains lieux… comme Santa Maria del Mar, qu’on a vu se construire dans le roman précédent, et qui ici risque la destruction ! Comme quoi tout est lié… si on a envie d’y croire !

Attention cependant, ici Antoni Gaudí n’est qu’un personnage, tot en devenir avec de belles allusions à ce qu’il sera, mais il ne s’agit pas d’un roman sur ce célèbre architecte, il s’agit d’un roman barcelonais ;-)

Continuons notre voyage dans le temps par un saut de puce, de 1874 à 1888, alors que se prépare une Exposition Universelle.

Le huitième livre de Vésale, Jordi Llobregat.

Voici le résumé du roman :

Barcelone, 1888. Quelques jours avant l'ouverture de l'Exposition Universelle, Daniel Amat, un jeune professeur d'Oxford, est de retour dans sa ville natale pour assister aux funérailles de son père. Il y apprend que ce dernier, médecin dans les quartiers pauvres de la ville, enquêtait sur les meurtres mystérieux de jeunes ouvrières. Leurs blessures rappelant étrangement un ancien fléau ayant sévi il y a bien longtemps, la ville est la proie de toutes les superstitions.
À l'aide d'un journaliste et d'un étudiant en médecine, Daniel reprend les investigations et découvre bientôt que les crimes sont liés à un mystérieux manuscrit, œuvre d'un anatomiste du XVIe siècle, Vésale. C'est dans les galeries de tunnels souterrains qui courent sous la ville que Daniel mettra à jour l'incroyable secret qui hante Barcelone.

Là encore, il fallait pour un tel thriller (ici on est au-delà du roman policier) une ville à l’atmosphère particulière. Les jours qui précèdent l’ouverture de l’Exposition Universelle sont propices à une effervescence incroyable, à la fin de longs travaux qui ont transformé la ville, nous y reviendrons. Certains comptent bien sur cette exposition pour faire des fortunes, et voient d’un assez mauvais œil une enquête sur des ouvrières démembrées… Elles comptent si peu… Ce roman permet d’aborder, sous la forme presque anodine de la fiction, des réalités sociales qui embraseront Barcelone quelques décennies plus tard.

Si le titre est bêtement spectaculaire (le tire espagnol est El secreto de Vesalio, plus sobre et donc bien meilleur), ce roman n’a rien à voir avec les élucubrations conspirationniste d’un Da Vinci Code, il est fin et bien écrit, avec des rebondissements et des mystères, c’est une lecture que je recommande !

L’Exposition Universelle de 1888 est décidément source d’inspiration, et donc sur la même époque Barcelone a inspiré un chef d’œuvre :

La ville des prodiges, Eduardo Mendoza.

Ce roman à lui tout seul a droit à une page Wikipédia, qui indique :

roman de l'écrivain espagnol Eduardo Mendoza publié en 1986. Il décrit la rapide évolution de la ville de Barcelone entre l'exposition universelle de 1888 et celle de 1929. Il ne s'agit pas d'un roman historique, comme le précise l'auteur en avant-propos, mais d'une transcription de la mémoire collective d'une génération de barcelonais. Avec les licences nécessaires à l'écriture d'un roman, Eduardo Mendoza montre une évolution complète de la société, depuis son installation jusqu'au développement industriel économique et social, suivant la progression historique de la plus européenne des villes espagnoles.

Le roman fait partie de la liste des 100 meilleurs romans espagnols du XXe siècle établie par le journal «El Mundo»1.

Vous l’aurez compris cher lecteur, le personnage principal du roman, c’est la ville elle-même ! Cependant il y a un héros, présenté dans ce résumé :

À quoi rêve Onofre Bouvila en franchissant les portes de cette ville des prodiges, geyser bouillonnant que cette Barcelone qui s'apprête à accueillir la prochaine exposition universelle de 1888 ? Suivant le cours du fleuve de l'exode, Onofre quitte sa campagne pour la ville. Et, malgré sa bonne volonté, il se heurte à un monde qu'il ne connaît pas, lardé d'une pauvreté issue d'une crise économique durable. Alors qu'il est sans le sou et que l'expulsion est pour le lendemain, une nuit, lui apparaît la bonne à tout faire de la pension qui lui sert d'abri. Tel l'ange Gabriel, elle lui offre la porte de sortie qui le conduira à gravir les échelons d'une réussite sociale qui le mènera de l'exposition universelle de 1888 à celle de 1929, du statut précaire de distributeur de tracts anarchistes à celui d'industriel de génie...

Quarante ans donc d’une ville en perpétuel mouvement, qui là encore, comme dans La Cathédrale de la mer, se transforme et se réinvente au gré des époques, des événements, et de son bouillonnement constant. Quarante ans de la vie d’un homme, J’ai lu ce roman à sa sortie, il y a donc assez longtemps, et j’en garde un souvenir émerveillé.

La Ville des prodiges n’est pas le seul roman de Mendoza à se situer à Barcelone, c’est le cas d’une bonne partie de son œuvre, vous avez donc d’autres possibilités pour aborder la ville. Avec de bonnes tranches de rigolade en prime, comme dans Le mystère de la crypte ensorcelée.

A suivre…