lundi 12 janvier 2026

le genre post-apocalyptique

 

J’aime bien les romans post-apocalyptiques. Je ne suis pas une spécialiste du genre, loin de là ! Une amatrice. Ayant envie d’approfondir, j’ai fait un tour sur une liste Babelio : je ne connais aucun des ouvrages cités ! Bon, il existe d’autres listes ou je me retrouve un peu plus. Bref, je suis une curieuse qui ne revendique aucunement l’exhaustivité.

  
quelques uns des livres cités ici
D’ailleurs, je vais m’autoriser à être un peu critique de ces listes. Pas mal d’entre elles  proposent des livres de SF, certains très très bons, comme 1984 de George Orwell, ou Fahrenheit 45 de Ray Bradbury. Mais soyons clairs : ce ne sont pas des romans post-apocalyptiques. Rentrent dans cette catégorie les œuvres (littéraires ou cinématographiques) qui dépeignent la vie après une catastrophe ayant détruit la civilisation, ou comment une poignée de survivants essayent de reconstruire quelque chose dans un monde effrayant, chaotique.

Et c’est bien cela que j’aime : l’étude que fait l’auteur ou l’autrice du devenir des rescapés, la façon dont ils réagissent, individuellement et collectivement, leurs tentatives de recréer une société, quelque chose dont le sens peut parfois échapper aux lecteurs que nous sommes, confortablement installés dans leurs canapés.

On retrouve quelques traits communs à presque tous ces romans. Le premier est la violence qui nait du besoin de survie, de la peur de l’autre, et des bas instincts supposés de l’espèce humaine.

Ensuite, beaucoup d’auteurs dépeignent la nature comme devenue hostile, par exemple quand la catastrophe est une pandémie ou une attaque « chimique ». L’exemple le plus frappant est peut-être le tome 1 de la BD L’Éternaute. A l’opposé, d’autres récits montrent des humains qui se rapprochent de la nature, réapprennent à cultiver et à se nourrir par eux-mêmes.

Voici une liste des livres que j’ai lus (dans aucun ordre !)

Nota : pour chacun je vous laisse consulter le résumé sur votre site littéraire préféré

L’année du lion, Deon Meyer

Dans la rubrique violence, ce texte est champion ! Mais sa grande force est la description d’une relation père-fils qui se construit dans le monde d’après la catastrophe.

La route, Cormac McCarthy

Un des grands ouvrages du genre, qu’on ne présente plus. Un livre magnifique, que je suggère à tous, même si l’anticipation ne vous attire pas, car ce n’est pas le sujet.

Et toujours les forêts, Sandrine Collette

Un retour à la terre forcé, et presque fortuit. Un roman qui évoque une catastrophe écologique sans le dire – le monde brûle- et imagine des conséquences terribles.

La constellation du chien, Peter Heller

Ici le monde post-apocalyptique est devenu assez hostile et survivre est devenu un art. Et au milieu de cet univers insoutenable, une grande amitié s’est construite entre deux hommes très différents. Du point de vue de l’étude de l’âme humaine, très puissant.

Ravages, Barjavel

Titre inévitable dans une telle liste. La description de l’effondrement de la civilisation quand l’énergie disparait est bluffante. La question de la survie, du renouveau est centrale mais hélas débouche sur un embryon de société ou les femmes sont renvoyées à un simple rôle de pondeuses, cette fin gâche tout.

Dans la forêt, Jean Hegland

Voilà un roman auquel je n’ai pas accroché, ou pas vraiment. Pourtant la relation avec la nature, ou la réappropriation par les deux sœurs héroïnes du roman est bien décrite, mais un truc mal identifié m’a laissée au bord.

L’orage qui vient, Louise Mey

On pourrait qualifier ce roman d’anti-Ravage : il se déroule dans une société restreinte à un hameau composée de femmes qui s’en sortent très bien toutes seules. L’arrivée d’un homme va tout bouleverser. Un zeste d’inspiration de Les proies, film de Clint Eastwood de 1971, mais cela évolue très différemment. La particularité de ce roman, on ne sait rien de la catastrophe, en hors de son nom, la Rétractation.

Mes recherches sur le sujet m’ont donné quelques idées pour d’autres lectures, comme Station Eleven de Emily St John Mandel, ou Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philippe K Dick, que ma moitié vient de lire et qui a inspiré Blade Runner, et enfin un roman de José Saramago, L’aveuglement. A lire absolument, tant la plume de cet auteur m’avait enthousiasmée à la lecture de La Lucidité.

D’où me vient cette attirance pour ce genre, me demanderez-vous ? Difficile de répondre à cette question. Mais certains d’entre vous se rappelleront peut-être qu’en 2012, j’ai écrit deux « novellas » inspirées de la supposée prédiction maya de fin du monde le 21 décembre 2012. Deux versions possibles d’une fin du monde laissant naître un autre monde. Peut-être ai-je simplement eu envie de découvrir comment d’autres pouvaient envisager le monde d’après. Et le plus souvent, je ne suis pas déçue !

Et toi cher lecteur, aimes-tu ce genre ? Dis-moi tout en commentaire !

Nota : si vous voulez en savoir plus sur mon livre, la présentation sur le site de l’éditeur ici, et une critique

 


vendredi 24 octobre 2025

Blois hors du temps, pressé par le temps, de son temps

 

Vous voulez vous sortir hors du temps, être pressé par le temps et dans votre temps en même temps ?

Venez au festival des Rendez-vous de l’Histoire de Blois ! Il va vous falloir attendre jusqu’en octobre 2026, mais en attendant je vous explique ces apparentes contradictions.

 Quand vous êtes à Blois pour ce festival, vous êtes hors du temps. Une conférence, une table ronde commence et vous voilà plongé dans une autre époque, concentrés sur les interventions d’experts passionnants. Des moments suspendus, les historiens savent susciter questionnements et réflexion, sur l’histoire en elle-même et sur ses résonnances dans le temps présent.

 Ainsi, lors de la session 2025, une conférence de la journée d’études « Être français, un statut, des statuts ? » nous a fait réfléchir sur la notion de nationalité, au fond pas si ancienne que cela, puisque sous l’ancien régime, être français signifiait être sujet du roi, ce qui pouvait être le cas de personnes nées dans l’autres territoires ; et que sous la révolution, c’est la citoyenneté qui primait, donc le fait d’être investi dans la cité. Nous avons alors voyagé de Louis XIV au début du XXe siècle, pendant une heure et demie ou le temps cesse de s’écouler.

 Cette manifestation foisonne pendant 4 jours : tous les lieux de la ville accueillent des exposés, des cartes blanches, des cafés littéraires, et tant d’autres animations. La halle aux grains, cœur battant de ces rendez-vous, la mairie, la CCI, le tribunal, l’université, le château, la maison de la magie, des établissements de l’enseignement supérieur… Les habitués arrivent dans la ville avec un programme préparé à l’avance, en visant des événements compatibles en termes de lieux et d’intervalles de temps. Faute de quoi il est possible de se retrouver à courir après le temps, ou plus précisément après l’horloge, tel le lapin d’Alice, en pensant « je suis en retard, en retard, en retard ! »

 Cette année, après une dizaine d’années d’expérience, nous avons même délaissé une conférence dont le sujet nous passionnait pour avoir le temps de nous asseoir le midi, de manger sans avaler en vitesse, de respirer. Comme dit le proverbe, choisir c’est renoncer. Une année, nous avons tenu à assister à 4 interventions en un jour, nous avons fini épuisés et pas retenu grand-chose de la dernière. Il vaut mieux profiter pleinement de peu que vouloir trop en faire.

 Au salon du livre qui accompagne et rythme le festival, les auteurs présents ont généralement une heure pour leurs séances de dédicaces, et les lecteurs avides se précipitent pour être surs d’obtenir une signature. Là encore, le temps les presse admirateurs et auteurs, mais de beaux instants d’échange se produisent. J’ai en mémoire une jolie rencontre personnelle avec François Garde pour Marcher à Kerguelen, et cette fois-ci un échange sincère avec Stéphane Michonneau pour Franco, le temps et la légende.

 Enfin, ce festival est pleinement de son temps.

 D’abord, les professeurs d’histoire constituent le public principal, avec de nombreux ateliers pédagogiques ou est interrogée la façon d’enseigner cette matière de nos jours.

 Ensuite, les thèmes interrogent le plus souvent de grands sujets de débats d’aujourd’hui. Voici quelques exemples :

§  Cette année, « La France ? » permettait de d’évoquer ce qu’est être français, ce qu’est la France en elle-même, et l’utilisation au cours des siècles du roman national.

§  L’année prochaine, Blois évoquera « Les marchands » dans un monde qui a vécu la mondialisation et vit un retour de bâton avec la guerre des taxes à l’importation.

§  En 2024, le festival se penchait sur la ville, notant que les villes abritent aujourd’hui la moitié de la population humaine et doivent relever de nombreux défis, notamment face au changement climatique, mais pas seulement. Dès lors, comment adapter la ville aux enjeux de demain ?

Je ne lasse pas de ces apparentes contradictions du rapport au temps de ces Rendez-Vous. Bien décidée à participer encore et encore, pour tout ce que j’apprends, pour l’éclairage que cela apporte sur notre époque, et peut-être parce que l’histoire est la discipline qui, bien enseignée, est la plus à même de former les citoyens de demain.

Alors, on s'y retrouve en octobre 2026  ? 

dimanche 10 août 2025

Extrait #10 : des livres et du classement

 Le cœur de l’été et ses lectures m’offrent l’opportunité d’évoquer le classement des livres. C’est un sujet dont il a déjà été question ici, ou @marsupilamima a évoqué sa pathologie des livres, et

Quelle surprise qu’un roman aborde ce sujet, et en plus d’une façon… originale !

 

Un roman qui se passe en montagne lu... en montagne ! 

 Plantons le décor : une frontière entre deux pays ennemis, sur l’Altiplano dans la Cordillère, à 5000 m d’altitude. Deux postes-frontières se font face, au-dessus de toutes les villes, de toute vie ou presque, dans un désert de roches et entourés de volcans.

 Dans l’un des postes-frontières, le lieutenant Costa peine à maintenir ordre et discipline. Dans l’autre, le chef, un sergent, est remplacé par une femme, une capitaine. Et tout un équilibre incertain vacille alors.

 Le lieutenant Costa fait passer le temps en lisant. Mais tout comme ses subordonnés, ses livres semblent prendre des libertés.

Extrait.

En jetant un œil aux livres empilés sur son bureau, il se dit qu’il devrait mettre de l’ordre, mais il différait cette besogne depuis des années. Ces volumes reliés de tous genres et tailles ne se laissaient pas aisément ranger, c’était comme s’ils cherchaient eux-mêmes une place et se posaient ici et là selon leur caprice, mais ceux qui s’aventuraient hors de la chambre finissaient dans le feu ou entassés dans une remise par des mains invisibles, qui ne pouvaient être que celles de Quipildor[1].

 Et chez vous, les livres choisissent-ils leur place à leur convenance ?

Extrait de Roca Pelada de Eduardo Fernando Varela, traduction François Gaudry

 [1]Sergent ayant le rôle d’adjoint du Lieutenant Costa