Jeudi dernier, j’ai fait part d’un moment de découragement sur Twitter : je me demandais si ça valait la peine de continuer à écrire. Je me le demande toujours d’ailleurs. J’ai reçu en retour des tweets plein de sollicitude. Et pourtant… Je ne partage pas du tout leur vision de l’écriture.
@antoinesire me dit : « pour le plaisir d’inventer et de contempler son invention ». C’est vrai Antoine, dans l’écriture il y a une part d’invention. Tout part de là d’ailleurs : il faut beaucoup d’imagination pour inventer une bonne histoire, qui tienne debout comme j’ai coutume de le dire. Il faut aussi de la rigueur, afin de ne pas partir dans tous les sens dans l’acte d’écrire, de ne pas perdre le fil. Il faut prendre le temps de préparer l’écriture : documentation, synopsis. Et enfin il faut écrire, relire, corriger, améliorer… En bref, le temps de l’invention est court, celui du travail est long.
@tulisquoi propose une réponse à mes doutes : continuer « par nécessité de dire ». C’est une excellente remarque ! Mais dire à qui ? A des lecteurs. Aller à la rencontre de lecteurs est une chose difficile. Vous écrivez un livre, vous vous y investissez, vous y mettez tout votre cœur. Et puis votre livre ne rencontre pas son public. Comment ne pas douter ensuite ? Quelle dose de volonté faut-il pour décider de se lancer dans une nouvelle aventure littéraire, si c’est pour aboutir à un résultat comparable ?
A de semblables questions, @centrino12345 apporte un élément de réflexion : « il ne faut pas avoir peur, faut oser, mieux vaut essuyer des échecs que vivre de remords. » Et là je ne peux que m’incliner devant la force de cet argument, qui peut s’appliquer à n’importe quel rêve, n’importe quelle activité. Sauf que… je pourrais dire que j’ai déjà essayé. J’ai quatre publications à mon actif, seul « Impression Morvandelles » a eu un certain succès. Qui s’explique aisément : cela peut être perçu comme de la littérature régionale, qui attire les lecteurs dans les salons du livre régionaux. Mes autres textes rentrent dans la catégorie « littérature générale », plus difficile à faire connaitre. L’interrogation reste donc : faut-il essayer encore ?
@imelcho risque une autre hypothèse à la raison de l’acte d’écrire : « l’envie d’écrire pour garder une trace dans le futur ». J’avoue à cet ami que je n’avais jamais envisagé la chose sous cet angle, qui mérite réflexion.
Un autre correspondant twitter avec qui je n’vais pas l’habitude de correspondre m’a posté des messages très bien écrits. @FabDeRotrou me parle de l’acte d’écrire :
« Ecrire c’est s’exprimer, raconter, dire, mesure le silence, aimer les mots, jongler avec les phrases »
« Ecrire c’est se souvenir, c’est conquérir, c’est attendrir »
« Ecrire est un besoin, donc pas baisser les bras. Continuer ! »
Tout ceci est vrai, mais ne constitue pas un véritable but. Le vrai but reste « être lu ». Même si c’est pour s’entendre critiquer votre style, votre histoire, que sais-je… C’est dur, mais on a un aboutissement.
Chers amis, deux personnes m’ont dit comprendre mes doutes : Artin Dilukeba, jeune auteur rencontré sur un salon du livre, et @AudeLeCorff, écrivain elle aussi. Deux romanciers. C’est pourquoi je me dis que votre vision de l’auteur qui écrit d’abord pour lui-même est une vision trop romantique de cet art. Nous autres les auteurs sommes comme les chanteurs, les peintres ou les cinéastes : ce que nous faisons, c’est pour toucher un public. Lui parler. Lui plaire. Certains auteurs sur les salons du livre appellent le fait de parler de leur livre pour le faire acheter aux visiteurs « faire la pute ». Ils n’ont pas d’états d’âmes, ils savent qu’il faut le faire. Mais c’est bien pour une seule et unique raison : savoir que son livre a été lu par des personnes parfaitement étrangères à votre cercle d’amis, de connaissances. Qu’il vit sa vie, touche des inconnus, enchante ou irrite, peu importe, mais qu’il est vivant.
Les seules questions valables sont donc : est-ce que ce que je propose au public est correctement écrit ? Est-ce que les sujets le touchent ? Est-ce que je fais bien ma pub ? A toutes ces questions je n’ai pas de réponse. Et ce sont elles qui me font douter. Qui font que l’envie d’écrire n’est plus tout à fait là. Enfin si, elle est là, très présente, j’ai un beau projet, mais je crains qu’il ne soit vain.
Peut-être faut-il revenir un peu en arrière, travailler des nouvelles car c’est moins long et candidater à des concours. Tenter de trouver des réponses dans les retours que je pourrais avoir de ce côté.
Bon, je crois que je vais arrêter de me plaindre, rentrer dans ma coquille et réfléchir. Mais un jour il faudra que je vous raconte la genèse de « D’un monde à l’autre », mon investissement personnel en plus de ma vie professionnelle et personnelle, et vous comprendrez pourquoi ces doutes.