vendredi 9 septembre 2016

L’ouzbek muet, Luis Sepulveda



Voici la suite de mes aventures littéraires des vacances : 


Le vieux qui lisait des romans d’amour, c’est mythique. J’avais aussi beaucoup aimé Rendez-vous d’amour dans un pays en guerre et le monde du bout du monde. Alors quand j’ai vu ce livre sur une table de librairie, il m’a fait envie. Comme souvent, on se laisse piéger par une belle couverture et une bonne quatrième de couverture.
Bon, vous l’aurez compris j’ai été déçue.
Les nouvelles de ce recueil se passent dans les années 60, au sein d’un milieu révolutionnaire parfois un peu pieds nickelés, toujours idéaliste et exalté. Incontestablement l’auteur rend avec sincérité une atmosphère, une époque, des rêves. Mais aussi des échecs, des désillusions, des drames intimes.
Sa plume est légère, fine, drôle parfois, poétique… Je vous propose en exemple l’extrait suivant (choisi parce qu’il fait le lien avec Paris est une fête, autre lecture de ma liste :
Dans ses maigres bagages il y avait une carte d’Europe où il avait tracé une ligne droit entre Moscou et Prague. Paris ne l’intéressait pas en tant que lieu de plaisir et de distraction et l’idée de vérifier s’il était vrai qu’il y pleuvait le jeudi comme l’avait assuré César Vallejo dans un de ses poèmes ne le séduisait pas non plus. Il voulait aller à Prague car (…)
Le fond du souci est que je ne m’attendais pas à ces thèmes, qui appartiennent à un passé dont, je l’avoue, je ne suis pas passionnée. Du coup, je suis forcément passée à côté de ce recueil !

mardi 6 septembre 2016

La discorde céleste, Jean-Pierre Luminet



La suite de mes lectures de l'été... 



Ce livre est d’abord pour moi une découverte : je n’avais jamais entendu parler de Tycho Brahé, noble danois et astronome qui a réalisé de très nombreuses observations d’étoiles !

Nous sommes à une époque post-copernicienne, ou il ne fait pas bon afficher son adhésion aux thèses hélio-centristes. Luminet a raconté dans le secret de Copernic ce que fut la vie du polonais, comment et surtout pourquoi il avança l’hypothèse d’un système tournant autour du Soleil et non autour de la terre. (cf à ce sujet mon billet http://encrebleunuit.blogspot.fr/2013/09/une-belle-expression-et-son-origine.html qui évoque l’expression « sauver les apparences »)

La discorde céleste s’entend comme le tome 2 de l’histoire de l’héliocentrisme, suivant les parcours de Tycho Brahé donc, et de Johannes Kepler, qui finiront par se rencontrer et ne pas s’aimer… Le danois est surtout une sorte d’écureuil de l’astronomie : il amasse les observations, sans vraiment les classer, sans les analyser, ce dont il n’a pas la capacité faute de connaissance en mathématiques, et il les cache, son sens du partage étant limité… Il est aussi un noble qui par défi se marie avec une fermière, un amoureux de la richesse, de l’excès en toutes choses, un autoritaire imbu de lui-même, bref un personnage que l’on n’a pas envie d’aimer.

Johannes Kepler est luthérien, austère, né d’une famille pauvre et donc sans avenir sauf que… son intelligence hors norme –on durait de lui aujourd’hui que c’était un surdoué ̶  le font repérer, il obtient des bourses et décide de devenir théologien. Il faudra beaucoup d’efforts à ceux qui l’entourent pour le convaincre qu’il a un avenir dans les mathématiques, ce qui à l’époque veut dire … être astrologue !

Le roman suit leur deux chemins qui vont finir par se rencontrer dans un affrontement que j’oserais qualifier de sans merci. Grâce aux observations de Brahé, Kepler aura la confirmation que la théorie copernicienne est la bonne, malgré l’opinion contraire du Danois. Le protestant aura même l’intuition des orbites elliptiques et finira par écrire les fameuses lois de Kepler.

Je l’ai déjà dit, j’aime bien les romans basés sur la science, ceux qui racontent comment et pourquoi telle ou telle chose fut découverte, inventée, créée. Ici ce n’est pas le thème central du livre, qui s’attache plus à la personnalité des protagonistes, à leur histoire, à ce qu’ils étaient, ce dernier point ayant bien entendu une conséquence directe sur leurs découvertes et l’évolution de la science.

J’ai aimé la description de la vie  la fin de XVIème siècle, la plongée dans le foisonnement intellectuel, dans la concurrence entre les savants, leurs amitiés et inimitiés, leurs intrigues pour le pouvoir, etc… Le style me semble plus léger et mieux affirmé que dans le secret de Copernic. Mais il faut bien reconnaitre que sur le plan scientifique, ce qui est décrit là est surtout une période qui fait le lien entre Copernic et Galilée, dans une sorte de latence qui limite l’enjeu du roman. Néanmoins j’ai pris plaisir à le lire et je le recommande aux curieux !

vendredi 2 septembre 2016

Légende d'une vie, Zweig



Voici donc le premier livre lu cet été et issu du programme littéraire de l'été annoncé fin juillet ici. Et là, le coup d'essai fut un coup de maître ! 



Friedrich est un jeune poète qui doit donner sa première lecture, dans la maison paternelle, légende littéraire. La comparaison permanente avec son père lui pèse, il voudrait être aimé pour lui-même. Une femme se présente pour assister à cette lecture, et sa venue va secouer la famille, bousculer la légende trop belle du père, révéler qui il fut vraiment, et ouvrir les yeux de Friedrich sui qui il est vraiment.

C’est la deuxième fois que je lis Stefan Zweig, la deuxième fois qu’il m’éblouit. Dans ce court texte, une pièce de théâtre en fait, on trouve concentrés plusieurs thèmes : celui de l’héritage spirituel légués par les parents et de la façon dont on se construit avec cet héritage, celui des devoirs qu’imposent la mémoire d’un grand homme, celui des mystères de la création… Ce qui m’émerveille le plus est la justesse et la finesse des sentiments humains décrits ici, comme c’était aussi le cas dans vingt-quatre heures de la vie d’une femme. Bien que se passant dans un milieu favorisé (sauf le personnage de Maria), les émotions, les drames intimes, les douleurs et les joies sont assez universels. J’ai lu le livre en français donc traduit, mais la finesse de la langue, la subtilité du choix des mots sont également tout à fait impressionnants.

Zweig est une aventure que je tenterais à nouveau ! 

nota pour les curieux: j'ai parlé ici de  vingt-quatre heures de la vie d’une femme