lundi 27 novembre 2023

Emma et Yoko

 

Sur certains réseaux sociaux (pas ceux ou je suis pour des raisons professionnelles, c’est une autre histoire), j’utilise comme avatar une photo d’Emma Peel. Et j’ai eu l’occasion d’échanger avec une ou deux personnes à ce sujet. Ce qui m’a donné envie d’écrire. Mais pas sur une seule héroïne car il y en a une autre qui m’inspire, Yoko Tsuno.

Présentons-les. 

 


 

Qui est Emma Peel ? Tout simplement Bottes de cuir dans la série télé Chapeau melon et bottes de cuir, The avengers en VO, la meilleure des partenaires de Steed. Brillante jeune femme, en plus d’exceller en arts martiaux, elle est une excellente scientifique, et utilise ses connaissances pour monter des machinations qui piègeront les malfrats. Elle vient régulièrement à la rescousse de Steed, qui semble parfois un peu perdu sans elle.

Ses tenues incroyables, son assurance, son air parfois mutins, tous les détails en faisaient ce que ‘on appelle aujourd’hui « une femme inspirante ».

Yoko Tsuno est une héroïne de bande dessinée, ingénieure en électronique, avec une foultitude de compétences (pilote de planeur, aïkido, tir à l’arc …). Elle forme un trio avec un cadreur et un réalisateur télé, qui vit des aventures étonnantes, parois dans notre monde parfois dans un mode de SF. Et très vite, c’est elle qui devient le leader du groupe.

Fidèle en amitié, elle crée des liens puissants avec ceux qu’elle aide. Elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour les épauler, les sortir de leur difficultés. C’est ainsi qu’elle est devenue également tun modèle.

Vous aurez vite compris les points communs entre ces deux femmes : fortes, intrépides, intelligentes, souvent plus compétentes que les hommes qui les entourent. Emma Peel fut l’héroïne de sa série entre 1965 et 1967, Yoko Tsuno fut publiée pour la première fois en 1970 dans le journal de Spirou. Autant vous dire que j’ai grandi avec !  Et qu’elles ont rendu évident pour moi, sans que je me pose la question, que les femmes et les hommes sont égaux, que les femmes peuvent tout, en sciences comme en astuce, en leadership (pas vraiment de mot équivalent en français) comme en inventivité.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai constaté que la société ne leur laissait pas toujours la place pour être pleinement elle-même.

Mais en les ayant comme référence, devenir ingénieur, devenir manager devenir chef de projet, tout cela était juste… une évidence. Merci mesdames.

PS pour ceux qui me connaissent peu : oui je suis désormais médiateure, et plus ingénieure, mais elles restent des modèles !

PS bis : je ne pense pas qu’aucune des deux m’ait eu une influence sur mon goût pour la littérature… Peut-être devrais-je creuser cette question ?

 

jeudi 9 novembre 2023

lieu de mort, lieu de paix

 

Un weekend d’automne, j’ai visité dans la même journée le Fort Mutzig et la bibliothèque humaniste, expérience pour le moins étrange.

 

Le Fort Mutzig est un ouvrage militaire construit à la fin du XIXe siècle, sur décision du Kayser Guillaume II, au cas ou les Français décideraient qu’ils voulaient reprendre l’Alsace (et la Lorraine). C’est un lieu immense, construit sur un modèle dit de « fort éclaté », contenant le meilleur de la technologie de l’époque. Il a même servi de lieu d’expérimentation pour des armes ou des systèmes d’observation ! C’est donc un lieu moderne, et ceci est renforcé par la présence d’éclairage électrique

Une association a entrepris de le restaurer et le propose à la visite, enfin un tout petit bout car il occupe une surface trop grande pour tout voir. Ainsi, le visiteur parcourt des galeries souterraines, pénètre dans des chambrées de soldats ou des chambres de sous-officier, découvre l’infirmerie, avec des ustensiles d’époque, et le « clou » du spectacle, la salle des machines que des membres de l’association remettent en état.

Ce fort n’a quasiment pas servi. Lors de l’avancée des troupes françaises en août 1914, le commandant du fort ordonna de tirer au canon alors que leur ennemi était un peu au-delà de la portée. Le fort a donc manifesté sa présence sans faire de réels dégâts, mais a montré sa puissance dissuasive.

 

Et c’est là que le bât blesse. Dans ces murs, tout de béton et avec des ouvertures crées pour y laisser passer des armes, j’ai ressenti une étrange vibration. Une palpitation qui parlait de mort, de celle qu’on cherche à donner à l’ennemi. Ce concentré de de technologie contenait aussi la guerre, la vision guerrière du monde, le besoin de dominer ou de vaincre.

L’ingénieure en moi a été fascinée par les machines, par la recherche technique sur le meilleur système d’observation possible ; l’être humain en moi a été terrassé par cette vibration. Presque jusqu’au malaise.

L’après-midi même, j’ai visité la bibliothèque humaniste de Sélestat. Un lieu clair, lumineux, réceptacle d’un projet ambitieux. Beatus Rhenanus, né à Sélestat en 1485, fut philologue, éditeur d’écrivains antiques et lui-même écrivain humaniste. L’humanisme de la Renaissance est un mouvement de pensée qui tente une synthèse entre l’héritage gréco-romain et le christianisme, tourné vers une sorte de laïcité, et vers le rôle actif des capacités intellectuelles humaines dans l'élaboration de la réalité de toute chose. Ainsi, les humanistes visent l'épanouissement de l'humain rendu ainsi plus humain par la culture.

D’où, pour Beatus Rhenanus, l’importance de rééditer les auteurs antiques, et de promouvoir l’éducation. Il a passé sa vie à rechercher des copies réalisée par des moines de textes anciens pour les rééditer, à la faveur de la diffusion de l’imprimerie, afin de rendre ces textes plus accessibles.

A sa mort, il a légué sa bibliothèque d’environ 670 volumes à sa commune, et la voici exposée dans ce lieu paisible.


Quel contraste avec ma précédente visite ! Quel enchantement de voir une copie manuscrite d’un texte de Tertulien datée du Xe siècle, des cartes du monde tel qu’on le percevait à son époque, ou l’édition par Rhenanus d’un recueil d’adages rédigé par son ami Erasme ! Les mauvaises ondes qui s’étaient déposées sur moi pendant la visite (que néanmoins je recommande) du Fort Mutzig ont été lavées par ces livres, et surtout le projet qui allait avec.  

mardi 12 septembre 2023

Les lectures de saison

 


Dans les magazines, on vous parle des « livres d’été », de la rentrée littéraire, de la « saison des prix ». Bien sûr on ne parle de pas de « livres d’hiver » ou de « livres de printemps », mais l’ordonnancement des parutions, avec la « rentrée » de janvier instille cette idée dans nos esprits.

Deux saisons m‘énervent : celle des « livres d’été » et celle des prix littéraires.

Commençons par tordre le cou aux livres d’été : il s’agit le plus souvent de livres léger, de livres feel good ou de polars, comme cette sélection de Elle où s’est bizarrement glissé le dernier roman de Pierre Lemaître, paru à la « rentrée » de janvier.

L’idée sous-jacente c’est : l’été c’est fait pour décompresser, alors on ne va quand même pas proposer des livres prises de tête ! Mais ces magazines ne font pas de propositions pour ceux qui voient les choses à l’envers : l’été, le cerveau est moins sollicité par les soucis du quotidien, profitons-en pour quelques lectures un peu ardues que je n’aurais pas oser affronter dans la grande fatigue de la fin de l’hiver.

Il est vrai que je lis des polars en été, pas trop de livres feel good car ce n’est pas mon truc. Je lis aussi des romans légers en été. Mais j’en lis toute l’année !

La saison des prix littéraires est aussi un moment désespérant. La presse ne parle plus que de cela (enfin, dans le sujet « livres », hein), et donc renforce l’exposition médiatique de romans qui n’en ont plus besoin, et omet souvent de parler de livres d’auteurs moins connus qui se révèlent à la lecture de vraies pépites. Les prix littéraires participent par ailleurs de cette société de compétition ou on met en scène des « héros », des « personnes exceptionnelles », dans le sport, l’économie, l’art et tant d’autres domaines.

Alors oui je lis des prix littéraires, mais je suis aussi à l’affût de livres plus confidentiels, sur lesquels les libraires mettent des cœurs en disant « untel a aimé » et souvent en disant pourquoi.

Et toutes ces lectures, je les répartis sur l’année ! Il y a des moments pour les livres à succès, des moments pour les polars, des moments pour les classiques, des moments pour ce livre dont la couverture énigmatique m’a attirée, des moment pour ce livre qui attend depuis si longtemps dans ma PAL, des moment pour…

Et rien de tout cela n’est prévisible. Le 10 novembre de l’année x sera consacrée à un roman léger et celui de l’année suivante à la lecture d’un essai. C’est juste une question de moment, certains parlent de rencontre entre le lecteur et le livre. En tous cas, rien à voir avec la météo 😉

Il n’y a plus de saison, mon pov’monsieur !