Quelques amis, gentiment, me poussent à écrire. Celle-ci m’offre
des carnets, celle-là m’indique un concours d’écriture. Mais rien ne vient
plus. Je suis sèche, les idées ne coulent plus de mes yeux, mes oreilles. Mes
idées me venaient en observant le monde, et mes contemporains. En regardant les
paysages, les jeux des enfants, en écoutant les conversations avec attention.
Mes yeux et mes oreilles fonctionnent toujours, à plein. Mais les sensations ne
se convertissent plus en projet littéraire, quel qu’il soit.
Certains me diront que j’ai écrit récemment, ou publié. Les
nouvelles que j’ai mise sur A l’encre
bleu nuit avaient été écrites il y a longtemps, et j’ai en effet commis
quelques poèmes, dont j’étais fière. Mais je ne retrouve plus cette envie de
prendre la plume pour raconter une histoire ni cette fécondité qui transformait
chaque instant un peu marquant en un livre potentiel.
Beaucoup d’événements sont à l’origine de cette sècheresse,
sur lesquels je ne m’appesantirai pas. Parmi eux il y a eu la diffusion très
modeste de mon livre d’un monde à l’autre.
J’avais mis beaucoup de moi et surtout beaucoup d’énergie
dans son écriture. La première novella a été écrite le soir après le travail,
une heure par jour, ce qui exige beaucoup de discipline. La deuxième a consommé
de nombreuses heures de mes vacances. On ne s’investit dans un telle entreprise
que parce qu’on y croit. Les personnes qui ont lu ces textes les ont aimés mais
elles sont peu nombreuses. Et bien entendu j’ai été déçue.
Depuis j’ai réfléchi et je suis arrivée à plusieurs
conclusions
D’abord l’autoédition est un piège, car le vrai problème dans
l’édition d’un livre n’est pas l’orthographe, la syntaxe, ou la couverture. Le
problème c’est qu’il faut que des gens en parlent, c’est la com-mu-ni-ca-tion.
Et pour cela je ne dois pas être très douée.
Ensuite, les sujets sur lesquels j’ai envie d’écrire ne sont
peut-être pas ceux qui intéressent les lecteurs. Très bien, j’en prends acte, mais
c’est un problème de fond car… je ne peux pas écrire sur des sujets qui ne me
motivent pas !
Enfin, il y a trop de gens qui écrivent en France, trop d’amateurs
qui hantent les salons du livre locaux, trop de romanciers en herbe qui n’attendent
que d’éclore. Certains sites internet ou articles parlent de 7000 personnes !
Une de plus, c’est donc une de trop.
Vous me voyez venir, non ? Alors je me lâche, je le dis :
je n’ai plus envie d’écrire. Je ne dis pas qu’un ou deux poèmes ne naitront pas
encore sous ma plume. Et comme il ne faut jamais dire jamais, je ne dirai pas
qu’aucune nouvelle ne prendra forme sur un carnet. Mais pas pour l’instant.
C’était mon coming out personnel.