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lundi 8 février 2016

Chère Elena




Il m’a été donné d’assister à des rencontres avec des écrivains, jamais encore avec des acteurs. Jeudi soir, au Théâtre Montansier à Versailles, merveilleuse surprise, un « bord de scène » est prévu avec les interprètes de Chère Elena.



Cette pièce écrite par Ludmilla Razoumovskaïa est résumée ainsi :

Armés d’un bouquet de fleurs et d’un cadeau, quatre jeunes se présentent chez leur professeur pour lui souhaiter son anniversaire. En réalité, leur sombre dessein est de récupérer la clé du casier dans lequel se trouvent leurs copies d’examen.  Son refus d’accepter le marché plonge Elena dans une nuit de cauchemar au cours de laquelle, face au chantage, elle oppose sa morale et sa croyance dans des idéaux d’humanisme et d’exemplarité.


Elena est jouée par Myriam Boyer, grande actrice au formidable parcours, deux fois couronnée d’un Molière, et entourée de quatre jeunes acteurs qui étincellent.

La pièce est dure, l’opposition entre ces jeunes qui aspirent « à vivre, non à survivre » et ce professeur aux croyances profondément ancrées va tourner à l’affrontement, dériver vers la violence, et aucun d’entre eux n’en sortira indemne. Pas plus que les spectateurs.


Voici quelques critiques glanées sur Internet :



Par parenthèse, si la monstruosité des lycéenes est bien soulignée, aucune critique ne mentionne le côté monstrueux d’Elena, tapi sous sa formidable humanité : elle est incapable d’imaginer que les idéaux qu’on lui a inculqués et qu’elle a tenté de transmettre puissent avoir été pervertis, et que la société qui a été construite soit devenue injuste. Elle fait preuve d’un certain aveuglement…

La rencontre fut un grand moment. Débarrassés de leurs costumes, redevenus eux-mêmes, les acteurs se sont prêtés avec grâce et gentillesse au jeu des questions réponses. Le public encore secoué par l’âpreté de ce huis-clos s’est intéressé au vécu de ces jeunes comédiens terriblement prometteurs et qui ont répondu avec une grande maturité aux questions.

Comment trouver le ton juste pour exprimer les sentiments ? C’est grâce à la direction d’acteurs, merci Didier Long. Et j’ajouterais : c’est à ça que servent les lectures, les répétitions, le travail cent fois remis sur l’établi. Les acteurs sont des artisans.
Commet jouer ces scènes violentes sans s’y brûler les ailes ?  Le metteur en scène et nous avons beaucoup parlé, le travail s’est déroulé dans un climat de gentillesse, pas dans un climat de recherche dans la douleur.

Chacun de ces « p’tits jeunes » a raconté comment il apprend son texte (Myriam Boyer n‘a pas souhaité répondre à cette question), et quatre méthodes sont apparues, du plus cérébral, cherchant des relations de cause à effet entre les répliques, au plus instinctif, qui apprend son texte en marchant, montrant involontairement le côté très personnel de ce métier.

Le seul point sur lequel ils n’ont pas encore pu répondre, c’est sur leur façon de vivre en tournée puisque cette représentation marquait le début pour eux… Myriam Boyer a raconté avec subtilité tout ce qu’il y a d’attente dans la vie d’acteur, entre le moment où on se lève et celui ou on est sur scène, et comment la tournée, en les éloignant de leurs familles, accentue cette attente.

La rencontre a du durer une demi-heure, ce fut une sorte de temps suspendu, un joli cadeau dont on aimerait faire durer le plaisir, mais les meilleures choses ont une fin hélas…

J’aimerais dans ces lignes leur dire merci de leur spontanéité, leur souhaiter une longue vie sur les planches, puisse-t-ils devenir à leur tour des Myriam Boyer transmettant à de nouvelles générations la joie qu’il y a à interpréter de beaux textes.

lundi 8 avril 2013

Quand le livre devient film.




Avant-hier, un post sur Google+ : une critique (enthousiaste) de « le parfum » de Patrick Suskind. Et bien entendu, dans les commentaires le film est évoqué. J’ai aimé le livre, pas le film.

Hier, découverte en lisant la critique dans Télérama : le film « perfect mothers » est inspiré du livre « les grand-mères » de Doris Lessing. Je n’ai pas été charmée par le livre, pas envie de voir le film. 



Cela m’a amené à réfléchir : que se passe-t-il quand le livre devient film ?  Résumons en mots simples : j’aime pas.

Pourquoi me direz-vous ? Parce que j’aime lire. Et parce que je suis une visuelle. Quand je lis, je vois les lieux, les personnages, les couleurs. J’entends les voix. Je me représente l’histoire à ma façon, avec mes yeux, et mon imaginaire mêlé à celui de l’auteur.

Et pour dire la vérité, je n’ai pas envie de confronter mon imaginaire à celui du réalisateur ou du scénariste qui s’est approprié le roman. Autant j’aime me plonger dans celui de l’écrivain, autant je résiste à tout autre.

Et bien entendu, plus j’ai apprécié le livre, moins je suis encline à me laisser imposer une iconographie sans doute respectable, sans doute vraisemblable, mais qui n’est pas la mienne.

Vous vous en doutez, dans ce cas je peux être extrêmement réfractaire au choix des acteurs. Comment imaginer une seule seconde Gérard Depardieu, lourd et vulgaire, jouant Edmond Dantès puis le Comte de Monte-Cristo, jeune homme aérien puis homme digne ? Comment envisager Daniel Craig, si propre sur lui, dans le rôle du journaliste vieillissant de Millénium ? (Ici je sens quelques cheveux se hérisser sur des têtes. Que voulez-vous, ces acteurs ne correspondent pas à l’image que je me suis fait des personnages).

Dans ce constat négatif, quelques perles surnagent, bien sûr. La magnifique adaptation du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson. Faut dire que Tolkien lui a facilité la tâche en étant assez descriptif. J’aime beaucoup aussi les téléfilms tirés des enquêtes de l’inspecteur Vallander de Henning Mankell. Kenneth Brannag était sans doute le Vallander. Et aucun doute à travers ces exemples : ce que le réalisateur voit dans le livre, c’est aussi ce que j’y vois. C’est pour cela que ça fonctionne.

J’entends au fond à droite une question : dans le cas d’un livre que je n’ai pas aimé, pourrais-je aimer le film ? Difficile à dire… Quand je n’ai pas aimé le livre, je n’ai pas envie de voir le film. Il faut des arguments convaincants pour que je sois tentée. D’ailleurs je ne trouve pas d’exemple. Triste ? Je ne sais pas…

Il reste un dernier cas : le livre que je n’ai pas lu et qui est adapté en film. Et bien là, soyons honnêtes :  la magie opère. J’ai beaucoup aimé « beaucoup de bruit pour rien » (encore Kenneth Brannag, un sacré bonhomme) et « orgueils et préjugés », par exemple. C’est même grâce au film que je me suis décidée à lire le roman de Jane Austen et là… mon imaginaire a fonctionné, et les images n’étaient pas celle du film.

Donc et en résumé : quand le roman devient film, si j’ai lu le livre, j’aime pas, et si je n’ai pas lu le livre tout peut arriver…

Et vous ?