lundi 14 juin 2021

2021, un bon millésime de lecture

 2021 s'annonce décidément sous de meilleurs auspices littéraires que 2020 : j'ai beaucoup lu depuis la dernière fois que je vous ai écrit, sans que le confinement me pèse trop pour lire.

Je ne résiste donc pas au plaisir d'un rapide compte-rendu de lecture: des bonnes, des mauvaises, des réussites et des déceptions, bref la vie quoi... Voici donc un aperçu de mon millésime 2021 :-)

Terres brûlées, Eric Todenne

Un polar original, qui se déroule en Lorraine, entre aujourd’hui et des drames de la 2ème guerre mondiale, dans cette région ou la guerre fut parfois fratricide.

Bien sûr le flic est un personnage un peu convenu, cabossé, ne suivant pes les règles… Mais l’atmosphère et l’histoire m’ont séduite.

L’enfant de la prochaine aurore, Louise Erdrich

Un roman de « fin du monde », ou à la suite d’une catastrophe biologique, les espèces évolue à l’envers, donc régressent. Les femmes enceintes sont traquées et internées dans des hôpitaux dignes de prisons, par un état totalitaire. L’héroïne, jeune femme indienne adoptées par des blancs, tente de protéger sa grossesse et aussi de renouer avec ses origines.

Louise Erdrich est une grande romancière, et ce roman apocalyptique, ou rien ne sera épargné à l’héroïne, est très réussi. Un soupçon de La servante écarlate, de 1984 peut-être, bref des influences qui affleurent mais une œuvre à part entière, magistrale, dans laquelle la culture native american tient une place à part.   

nota: cette fois-ci ce n'est pas une coïncidence (cf mon précédent billet), c'est un choix en sachant parfaitement en quoi ce livre résonne avec l'actualité ! 

Autour du monde, Laurent Mauvignier.

Une série de courts textes qui s’enchainent subtilement, racontant des personnes ordinaires dans des moments ordinaires sauf que… ce moment est celui de la catastrophe de Fukushima au Japon. Ces saynètes interrogent le sens de la mondialisation actuelle, les humains qui se déplacent au gré de leurs caprices à travers le monde sont-ils loin ou près d’eux-mêmes et des autres ? Qui sont-ils au fond ? Le regard que l’auteur pose sur leurs minuscules existences est celui d’un romancier qui s’investit dans ses personnages, leur donne chair et vie, mais pose clairement la question du sens de notre façon de vivre. Un roman qui prend un sens particulier quand nous subissons une pandémie qui nous a obligés à nous éloigner les uns des autres.

J’ai mal à mon rugby, Olivier Magne 

Je voulais comprendre pourquoi j’ai du mal avec le rugby moderne, Olivier Magne a su mettre des mots sur ce qui me chiffonnait et remonter à la source de la dérive. Bref, une lecture pas littéraire mais qui m’a bien plu.

Komodo, David Vann

Une femme épuisée par ses deux jumeaux et ne recevant aucun soutien de son mari retrouve sa mère et son frère dans l’île de Komodo pour une semaine de plongée ou tout va déraper.

Je n’ai pas réussi à comprendre ou à éprouver la moindre empathie pour cette femme et sa dérive, qui va l’amener à gestes extrêmes. Bien en dessous de Sukkwan Island  d’un point de vue littéraire et du point de vue de l’histoire racontée

 Le Grand Meaulnes, Alain-Fournier

Je ne sais pourquoi il me trottait dans la tête depuis longtemps de relire ce roman… Quel plaisir de lecture ! Encore un de ces romans qu’on fait lire à des adolescent, à qui il doit très certainement parler, mais qu’il faudrait aussi lire à l’âge adulte, quand toutes les merveilles littéraires qui y sont incluses vous sautent aux yeux !

Par contre, je déteste ces éditions avec des notes indiquant que le nom de lieu machin fait référence à tel endroit de l’enfance de l’auteur, un roman doit pouvoir se lire pour lui-même, sans indications de ce genre.

Le jour d’avant, Sorj Chalandon

Histoire prenante que celle de cet homme qui veut venger la mort de son frère à la mine, et le suicide de son père qui a suivi. Avec une construction très progressive, ou la vérité se fait jour très lentement, à pas comptés. J’ai aimé ce roman, même s’il n’est pas un des plus forts de l’auteur et même si sa fin me semble tourner un peu court.

Trois, Valérie Perrin

Trois enfants pris dans une amitié fusionnelle au point que rien n’existe autour d’eux, devenus trois adultes que la vie a séparés sans qu’ils aient vraiment compris pourquoi. Une voiture trouvée au fond d’un lac, avec un cadavre à l’intérieur, va raviver des souvenirs enfouis.

Ce qui m’avait plus dans les 2 précédents romans de l’autrice, c’était la force de vie incroyable des personnages principaux, leur générosité malgré les malheurs, et une certaine légèreté dans leur façon de vivre. Rien de tout ça ici, les trois héros se sont abimés dans une certaine forme de médiocrité qui ne les rend pas sympathiques. Par contre, le récit est très bien conçu, ne faisant émerger les souvenirs ou les événements que lentement, laissant le lecteur en haleine. Bref, un bon moment de lecture mais aussi exceptionnel que les deux premières œuvres.

Chandelles noires, John Le Carré

Je ne suis pas fan de Le Carré, les romans d’espionnages ce n’est pas mon truc. Mais ici, mon homme m’a dit qu’il s’agissait d’un polar plus classique avec une ambiance à la Agatha Christie. Il avait raison ! La femme d’un professeur de collège privé britannique est assassinée, et nous voilà plongés dans un de ces milieux corsetés dont l’Angleterre a le secret, pour suivre une sacrée bonne enquête.

Vous plaisantez Monsieur Tanner, Jean-Paul Dubois

Ou le récit des malheurs d’un homme qui fait restaure une vielle maison, confrontés à des artisans un peu escrocs, peu compétents, etc…

Je n’ai pas beaucoup accroché car j’ai du mal à comprendre qu’on puisse systématiquement se foutre dans de telles emmerdes, systématiquement faire les plus mauvais choix, sans jamais arriver à se dire qu’on doit changer quelque chose.

Le grand roman des maths, Mickaël Launay

Formidable ! L’auteur raconte pourquoi est né le comptage (savoir le nombre d’animaux dans un troupeau), pourquoi est née la géométrie (retrouver les limites des champs de chacun après les crues du Nil), puis en termes très simple comment est née l’abstraction, et enfin la genèse des maths d’aujourd’hui. Tout ceci expliqué dans l’idée de montrer que tout le monde sait faire des maths ! pour finir, M. Launay nous parle de la beauté des maths, que j’ai rencontrée modestement lorsque j’étais en prépa et qui m’a toujours épatée.

Terra Alta, Javier Cercas

J’avais dit que je ne lirais plus Cercas, depuis sa sortie sur les prisonniers politiques catalans. ET puis j’ai lu des critiques élogieuses de ce roman, alors je me suis laissé tenter… Hélas ! Une intrigue mollassonne, un roman policier bien ordinaire, sans ressort, sur fond d’attentats islamistes à Barcelone et de résurgence de souvenirs maudits de la guerre civile (Terra Alta est dans la vallée de l’Ebre ou s’est déroulé une bataille tragique de cette guerre). L’auteur y étale aussi ses convictions quand il mentionne le référendum d’indépendance du 1er octobre 2017, qualifié d’illégal (je ne partage pas cet avis, mais je ne vais pas expliquer pourquoi ici)

Mal écrit, bourré de clichés, ce roman signe mon divorce définitif avec Cercas.

lundi 15 mars 2021

Des coïncidences entre lectures et actualité ?

 


En choisissant aujourd’hui sur mon étagère Autour du monde, de Laurent Mauvignier, j’ai eu une belle surprise : ce roman, qui attend d’être lu depuis bien longtemps,  se passe le 11 mars 2011, jour du terrible tremblement de terre au Japon, suivi de la catastrophe de Fukushima, dont on vient de célébrer le triste dixième anniversaire. Pour être précis, j’écris le 14 mars 2021.

Cette coïncidence m’a troublée, car l’année 2020, qui s’est achevée il y a peu, a été parsemée de telles coïncidences, de résonances plus ou moins involontaires avec l’actualité.

Dans Un monde sans fin de Ken Follett qui se déroule au Moyen-Age, au cours d’une épidémie de peste, une femme a une intuition et recommande à tous de se couvrir le visage d’un tissu pour éviter la contamination. C’était pendant le premier confinement, en pleine pénurie de masques chirurgicaux, quand tant de couturières amatrices ou professionnelles en cousaient à la pelle.

Et toujours les forêts, de Sandrine Collette, évoque une fin du monde inexpliquée et d’une terrible brutalité, mais en lien avec un soleil implacable… Paru en janvier 2020, ce roman suivait deux étés particulièrement secs et caniculaires, et en précédait un troisième. J’ai choisi ce roman d’abord pour Sandrine Collette, dont j’adore l’écriture, et pour son thème, qui n‘aborde pas la question du dérèglement climatique en tant que telle – c’est surtout un cadre – mais je n’ai pas pu m’empêcher de me demander s’il était prémonitoire ?

Par hasard, au cours de l’année, j’apprends que Deon Meyer, dans L’année du lion, suit le parcours d’un père et son fils dans un monde ou 95% de l’humanité est morte à cause d’une pandémie à coronavirus… Cette découverte aurait pu se produire l’année d’avant et n’aurait aucunement fait écho à l’actualité ! Bien entendu, je me le suis procuré et l'ai lu.

Me voici donc en train de me demander : coïncidences ou destin ? Quelle probabilité que de telles percussions entre mes lectures et l’actualité se produise ?

J’ai donc passé en revue mes listes de lectures des dernières années, cherchant si de telles concomitances avaient déjà existé. Cruelle déception ! J’ai bien repéré quelques lectures choisies en fonction de l’actualité, mais pas de telles rencontres imprévues ! Dommage, l’idée fugitive de ces hasards qui créeraient une correspondance entre le monde tel qu’il va et mes lectures me plaisait. Et si de nouvelles percussions se passent dans les mois à venir, je vous en ferai part, promis J

 

mercredi 3 février 2021

Passer à 2021 en livres


Cette période de l’année est devenue celle du bilan. Enfin c’est l’idée que je m’en fais puisque les billets identifiés « bilan » ont été publiés à l’été 2013, en janvier 2014, fin 2014 (autant dire janvier 2015), en janvier 2016 et en juillet 2018. Bon en fait c’est un peu quand je veux, quoi. Cela me rappelle le journal de mon école, pour lequel je faisais la mise en page, et dont le rythme de parution nous l’avait fait baptiser « irrégulomadaire ».

Allez, peu importe, on y va, on fait le bilan. Ensuite on passe à 2021 😀

En neuf ans d’existence, ce blog a vu mettre en ligne 225 articles, soit quelque chose comme 2 articles par mois. Bien ou mal on s’en moque, c’est juste pour afficher un chiffre.

En juillet 2018, je constatais avec plaisir que mes billets ont une vie propre (lien) : en gros, après que la pub sur les rézosocios était finie, leur score de lecture continuait à monter gentiment. Eh bien ceci est toujours vrai puisqu’à l’époque A l’Encre Bleu Nuit totalisait 185 lectures par billet en moyenne et qu’aujourd’hui c’est 210 ! Rien ne pourrait plus me réjouir. Savoir que les sujets abordés peuvent toujours avoir un intérêt, c’est flatteur.

L’année 2020 a été spéciale pour moi. Bon je sais, pour vous aussi, mais là je vous parle de mes lectures. Le premier confinement m’a un peu bloquée, et je vous en ai longuement parlé ici (lien). Le deuxième c’était nettement mieux, mais il n’a pas fait l’objet d’un article.

Au final, j’ai lu 34 livres, un peu moins que d’habitude, je tourne plutôt à 37. Les chiffres confirment mon sentiment de blocage, ça rassure quand les chiffres disent la vérité, non ?

Parmi ces lectures, quelques-unes ressortent comme les grands livres de mon année, et au fond c’est ça qui est important, plus que les chiffres. Voici donc mes conseils de lecture :

Et toujours les forêts, Sandrine Collette

Une histoire de fin du monde, qui brûle soudain tout ce qui se trouve à la surface de la terre, et ne laisse survivre que ceux qui étaient dessous, comme le héros qui se baladait dans les catacombes avec ses amis.

Il décidera de retourner auprès de son arrière-grand-mère, au fin fond d’une campagne ou règnent les forêts, puis tentera de repeupler la planète…

Une destruction, une errance puis l’essai d’un nouveau départ : il y a bien entendu du Ravage de Barjavel dans ce roman. Mais il est ancré dans le monde d’aujourd’hui, avec ses grandes faiblesses, dont le dérèglement climatique, et la fin est moins porteuse d’espoir : il ne s’est pas encore créé de nouvelle société.

J’aime beaucoup la plume de Sandrine Collette, et elle est ici d’une force incroyable pour décrire le monde d’avant et le monde d’après ;-) ainsi que l’obstination presque animale du héros, portée par un instinct de survie jamais mentionné mais toujours présent.

Le rire du grand blessé, Cécile Coulon

Formidable histoire d’un monde ou la lecture est devenu un grand spectacle dans des stades, pour calmer les dépressions et susciter des « sentiments ». Les hommes qui assurent la sécurité de ces événements ne savent pas lire et ne comprennent pas ce que cela suscite.

Evidemment un évènement imprévu va mettre un grain de sable, révéler l’envers du décor et permettre un merveilleux hommage à des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes (que je recommande vivement !)

Le cœur de l’Angleterre, Jonathan Coe

Excellent, une chronique qui court de 2010 à 2018, en suivant les personnages on voit l’Angleterre se déchirer progressivement. Chez eux ça a donné le Brexit, chez nous les gilets jaunes. Tès instructif, en plus du plaisir de retrouver les personnages de Bienvenue au club, quarante ans plus tard

Voyage d’hiver, Jaume cabré

Que dire ? juste : « prodigieux ».

Un ensemble de quatorze nouvelles qui s’appellent et se répondent, utilisant les mêmes personnages, le même contrepoint musical surprenant de Kaspar Fisher, la présence de Schubert ou  de Rembrandt Van Rijn, même si les textes se situent dans les lieux et des temps différents, La Catalogne, Oslo, Vienne, …

Pour réussir un exploit pareil, il faut une maîtrise incroyable des textes, qui annonce Confiteor, roman d’une merveilleuse complexité, qui fait appel également à la présence de la musique, la multiplicité des lieux et des époques. Pour moi, cet auteur est un géant de la littérature actuelle.

la discrétion, Faïza Guène

Ce roman suit une femme née en 1949 en Algérie, grandie dans un pays déchiré par des guerres, puis mariée à un homme immigré en France, ou grandiront ses quatre enfants. Il explore comme une femme un peu révoltée pendant ses jeunes années devient, petit à petit, une femme effacée, qui essaie de se fondre dans le paysage, dans une France qui ne veut pas vraiment d’elle ni de ses enfants. Comment la discrétion devient pour elle la grande vertu, comment ses enfants deviendront frustrés par la vie qu’ils mènent, pas celle qu’ils auraient rêvée, une vie pleine de renoncements, de déceptions, et de difficulté à trouver leur place.

La colère refoulée par la mère est le terreau dans lequel ses enfants ont grandi, et elle pourrait exploser en eux.

L’écriture est simple comme les gens dont elle parle, d’une très grande finesse sur leurs sentiments, tout ce qui fait les petites et les grandes humiliations du quotidien. A petites touches, l’autrice aborde de nombreux sujets de société, et sans brutalité a tendance à gratter là où cela fait mal.  Une des très belles surprises de cette rentrée littéraire !

(nota : je vous copie-colle ici mes notes perso, elles sont longues ou courtes mais elles concernent toutes des livres exceptionnels !)

Un autre point marquant de l’année 2020 est … que j’ai lu des essais ! Je suis une fervente du roman. J’adore la fiction, et pour peu que l’auteur ait fait un vrai travail de recherche, j’apprends plein de choses en lisant du roman. Mais parfois… l’essai est irremplaçable. Sauf que souvent c’est dur à lire, un essai. Je l’avoue : j’ai souvent du mal. Parfois le vocabulaire, parfois la façon dont les choses sont expliquées me posent problème. Et pourtant cette année j’ai lu :

  •     Henri-David Thoreau, la désobéissance civile
  •     Je chemine avec Gilles Clément
  •     Frédéric Lenoir, Vivre ! dans un monde imprévisible
  •     Jacques Tassin, penser comme un arbre.
  •     L’indépendance catalane en questions, Peloille/Buj/Trepier (commencé en 2020, fini en 2021)

Un superbe score ! J’ai été troublée par Thoreau, même si son acte de désobéissance civile est tout petit par rapport à ceux des activistes actuels qui se réclament de lui, et fascinée par le livre de Jacques Tassin qui déconstruit des idées proposées par un certain forestier allemand, qui me paraissaient… trop anthropocentrées.

Frédéric Lenoir propose des pistes intéressantes pour faire face à la crise actuelle et peut aider beaucoup d’entre nous, Gilles Clément est aussi une source d’inspiration, dans un registre différent !

L’essai sur l‘indépendance catalane m’a semblé partisan et m’a agacée.

Mais au final, ces lectures m’ont toutes enrichies, différemment de ce que ferait un roman, et je suis très fière d’en entre venue à bout !

L’année 2020 est finie, 2021 sera sans doute encore une année difficile, mais point de vue lecture je me sens plus armée. J’ai une belle PAL (1), et la franche envie de lire ces livres qui parfois m‘attendent depuis… des années ! Mais les fidèles lecteurs de ce blog le savent déjà, j’en ai parlé en 2013 ici. Depuis je n’ai pas changé, si ce n’est que ma PAL est beaucoup mieux rangée.

 Je vous souhaite une année riche en belles rencontres littéraires, pour le reste de votre vie ça ne me regarde pas ;-)

PS : merci à Valérie qui se reconnaitra pour ses conseils de lecture en 2020 (Cécile Coulon et Frédéric Lenoir cités ici), et à Philippe Poulet pour le conseil sur Jacques Tassin.

 (1): Pile A Lire