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mercredi 4 janvier 2017

Les femmes dans mes lectures, suite




 L'article "les femmes dans mes lectures"  a donné lieu à beaucoup de commentaires. Plus que d’habitude !

L’un mentionne que « Certes l'homme a du mal à lâcher son machisme, mais la littérature, comme l'enseignement (et le plus vieux métier du monde) sont bien représentés par la gente féminine . »

Hélas ceci est faux ! Il n’y a que 25% des livres publiés qui ont été écrits par une femme. On est loin de la parité ! Ceci ouvre tout un champ de questions : les femmes hésitent-elles avant de se lancer dans une carrière littéraire ? Dans les comités de lecture, les lecteurs font-ils preuve d’un machisme larvé, attendant plus du manuscrit d’une femme que de celui d’un homme ? Questions sans réponse à ma connaissance…

Et ceci dit, je lis nettement moins de 25% de femmes. Mes interrogations personnelles restent donc entières.

Une autre se penche sur ses choix et constate que… ben elle aussi, elle sélectionne peu de femmes, et se pose le même genre de questions que moi :

J’ai mené une enquête d'observation auprès de mes lectures. 
J'ai sur ma table de chevet onze livres. 4 sont d'origine féminine : un de Lydie Salvayre, un autre gentillet, qui m'a été offert par une amie, et...les tiens (!)
Ensuite, que des mâles. 
Et parmi les derniers lus, et rangés, tous styles confondus, que des auteurs masculins, à part ceux de Thérèse Cau (là, c'est  de l'intérêt "local": une catalane, de l'intérêt de "racines" issue de la Retirade, et amical...) Quelle déduction en tirer ? Qu’il y a plus d'hommes dans la profession ? Qu'ils ont plus de matière et de profondeur à l'exprimer ? (je mets hors compétition G. sand, M. Yourcenar, M. Duras ou quelques autres, mais là, c'est du "classique").
Enfin, beaucoup de mes lecteurs ont eu la gentillesse de me proposer des lectures.

@marsupilamima m’oriente vers des auteurs, en trois posts sur Facebook :

Suggestions, Alice Rivaz, Alice Munro, Carols Shields, Laura Kasichke, Carson Mc Cullers, L.A. Kennedy, Flannery O'Connor, Annie Proulx, Grace Paley, Barbara Kingsolver, Leonora Miano, Toni Morrison, Allison Lurie, Iris Murdoch, Rose Tremain, Kate Atkinson, Anita Brookner ...bon, je peux encore réfléchir https://www.facebook.com/images/emoji.php/v6/f4c/1/16/1f642.png



Joyce Carol Oates, Doris Lessing, Milena Agus, Elena Ferrante, Natacha Ginsburg, MargueritteYourcenar, Duras, Lidia Jorge, Silvia Ballestra....tralala



Mince, j'ai oublié Edith Warton

Un ami  dresse une liste de suggestions :

" La fille du train"                              Paula HAWKINS   
"L'année de la grande sécheresse"     Rachel QUIROZ
"Le grand marin"                               Catherine POULAIN
"Quand les femmes parlent"              Françoise CHANDERNAGOR
"Le dernier des nôtres"                      Adélaide  de CLERMONT TONNERRE
" Le pouvoir au féminin"                   Elisabeth BADINTER
et bien sur:  " Chanson douce "         Leila SLIMANI

J’ai beaucoup apprécié ces propositions mais… le problème n’est pas de connaitre ou non des auteurs féminins. Une grande partie (pas la totalité, je le confesse) des noms cités me sont familiers. Ils sont cités souvent dans les médias, et je m’intéresse aux critiques qui sont formulées sur leurs œuvres.

Non, la question est celle du choix. Au moment d’acheter en librairie, de sélectionner sur mes étagères, comment se fait-il que mes mains se dirigent vers des livres d’auteurs masculins ?

Alors j’ai décidé de me soigner. J’ai fini l’année avec Jeanne Benameur et Patti Smith. Pour un cadeau de Noël à ma fille, j’ai hésité entre Valentine Goby et Véronique Ovaldé. Dans ma PAL[1] se trouvent Isabelle Alonso et Marie N’Diaye.

Allez, c’est parti pour une nouvelle année de lecture, en mettant l’accent sur le féminin !


[1] Pile à Lire

mercredi 8 mai 2013

Paroles d'Encre #1



Je fais depuis longtemps partie d’une association littéraire versaillaise : Paroles d’Encre. Animée par d’anciens libraires très exigeants en termes de littérature, elle organise toutes sortes de manifestation, bien sûr tournant autour de rencontres avec des écrivains.

Ma participation a été erratique. Des périodes enthousiastes car je découvrais de fantastiques auteurs, d’autres moins car on voyait toujours plus ou moins les mêmes écrivains, ou parce que j’en avais assez d’y aller seule.

En 2010, je n’avais pas encore ce blog tout jeune, et j’ai proposé à Cathy, dont le blog Tulisquoi me plaisait, de publier des comptes-rendus. Elle a dit oui, formidable !  Nous en avons publié 9 ou 1à, je ne sais plus. Et puis nouvelle période d’arrêt.

Je viens de reprendre, et j’ai trouvé normal de continuer à publier ces comptes-rendus chez elle.

Voici donc les minutes d’une rencontre autour du polar, cliquer ici.

Merci à Cathy pour son accueil :-)

jeudi 6 décembre 2012

Les lecteurs du Canal #3



Les lecteurs du Canal se sont réunis, fidèlement au bord du canal St Martin, le samedi 6 octobre. Handicapée par ma tendinite, j'ai cette fois-ci cédé la place à @Marsupilamima qui a pris les notes et rédigé ce compte-rendu. Puisse-t-il vous inspirer dans vos choix de lecture ! 

@fleurdbitume a lu en Bretagne Les piliers de la terre  et Un monde sans fin de Ken Follett. Le premier raconte l'histoire de Tom le bâtisseur, un maçon du XIIe siècle qui  rêve de construire une cathédrale romane, la plus grande d'Angleterre. Il obtient une commande d'un Seigneur et de sa femme pour leur construire une maison. Ce Seigneur, William Hamleigh, est violent, rancunier et jaloux. Il est obsédé par l'idée de venger son père qui a commis un crime dont dépend la succession du royaume. Un Religieux, ami de William s'oppose aux projets de Tom...
L'histoire très complexe se poursuit sur 1050 pages et s'étend sur soixante-dix ans.
Ken Follett est historien de formation et son récit est précis et détaillé, en particulier sur tout ce qui concerne la vie des moines ou des paysans.

Le Monde sans fin se passe 200 ans plus tard. Des enfants jouant dans une forêt rencontrent un chevalier assailli par des gardes et qui demande asile à l'abbaye. Ces enfants aussi vont vivre soixante-dix ans et le livre reste sur les mêmes thématiques. La première journée ne sera comprise qu'à la fin.

@athanoster nous annonce : j’ai pris froid à Saint-Brieuc...dans la maison de Louis Guilloux (1899-1980). Une maison banale dans un quartier résidentiel. C'est là qu'il a écrit Le Sang noir (630 p) qui se passe en 24 heures en 1917. Le professeur de philo,  Merlin, dit Cripure (critique de la raison pure) est un personnage étrange, d'apparence grotesque, il est très désagréable  avec sa compagne analphabète. Il essaye d'écrire un livre mais n'y arrive pas. Il conserve toutefois son aura auprès de ses anciens étudiants.
Le portrait que fait Guilloux des « planqués de l'arrière » permet de mettre en perspective la mort des fils.

@Christogrossi J'ai passé trois semaines à l'étranger avec mon IPAD rempli: 40 volumes répartis en trois bibliothèques. J'ai eu un vrai choc pour Gonzalo M. Tavarès, vraiment brillant. En particulier le voyage en Inde, inspiré des Lusiades de Camoens qui exprime la mélancolie contemporaine, un prodigieux chef d'œuvre. Même structure en vers, par chants, ce n'est pas un voyage. Le personnage s'appelle Bloom (comme dans Ulysse de J. Joyce) et part de Lisbonne pour aller en Inde mais passe par Londres, Paris, les pays de l'Est et l'Inde. Il est en fuite, parce qu'il aurait tué son père qui aurait tué sa femme...C'est ironique et profond.
Il fait beaucoup de rencontres. A Paris, par ex, il rencontre Jean M qui lui permet de rencontrer Sage qui trimballe deux bouquins...Il prend tout à contre emploi mais il y a aussi une strate plus philosophique.
On oublie la forme poétique, c'est un livre sur la mémoire et l'oubli.

Mais il a aussi écrit des séries de livres qui se passent dans un même quartier de Lisbonne qu'il a inventé et appelé  O Bairro. Dans ce quartier vivent des écrivains morts et il a consacré un livre à chacun, Brecht, Valéry, Walser etc...A chaque écrivain, il associe un défaut, un thème, par ex Monsieur Valéry et la logique. C'est un peu comme Plume de Michaud. M. Valéry s'inspire de Monsieur Teste. On suit ce personnage, cet auteur, qui va pousser la distraction à l'extrême ou dans Monsieur Krauss et la politique, ce sera l'ordre...

Il y a une autre série Le royaume ….

@Marsupilamima
A moi pour toujours de Laura Kassichke (traduit par Anne Vicker)

Écrivaine à l'allure angélique, très cruelle avec ses personnages. Ce sont toujours des gens ordinaires, ici, un prof de fac d'une petite université américaine. Elle a une quarantaine d'année, est mariée et a un fils de 18 ans dont elle attend avec impatience le retour de fac.
Elle trouve dans son casier, un petit mot anonyme « be mine », sois à moi.
S'ensuit une histoire d'amour torride avec un collègue qui va provoquer l'explosion de toute sa vie, de tout son univers et détruire aussi les siens.
C'est assez lent au début puis ça va crescendo...
Ses livres sont très différents les uns des autres mais avec cette thématique, l'erreur de jugement, le mauvais choix qui fait tout basculer....

@aubonroman
La panne de F Dürrenmatt a d'abord été une pièce radiophonique, puis un roman, puis une pièce de théâtre. Un représentant de commerce tombe en panne, toutes les auberges sont complètes et il atterrit dans la maison d'un juge en retraite où se trouvent aussi un bourreau, un avocat et un procureur. Ils ont l'habitude de se retrouver autour de repas gargantuesques pour refaire les grands procès.
Mais lorsque débarque cet inconnu, ils font son procès. Le verbe est riche, les effets comiques, les situations absurdes abondent.

@schaptal
Robert Wagner est mort le 5 août dernier. C'était un écrivain français en dépit de son nom, né en Algérie de mère française et de père allemand, il a écrit un livre sur la guerre qui s'appelle le train de la réalité...
Dans La belle du Néant qui fait partie des Futurs mystères de Paris qui se passent en 2063, on découvre qu'il y a eu une grande catastrophe en 2013, une grande terreur, les États-Unis sont fractionnés, tout le monde a perdu la boule, les gens sont amnésiques, ne savent plus comment ils s'appellent et son incapables de toute violence. Ils vivent en tribu, les cybercablés, les défoncés, les trinaristes...
Le héros temple sacré de l'aube radieuse est un détective privé, son talent: devenir transparent, les gens l'oublient. Il porte des vêtements voyants.
Il enquête sur un meurtre. Et c'est très drôle, un roman policier dans un monde sans violence.




samedi 17 novembre 2012

Pessoa et moi



jeudi soir, lors d'une rencontre Paroles d'Encre (association littéraire à Versailles), j'ai découvert une citation extraordinaire de Fernando Pessao: 


"La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas". 


 Cette phrase a été citée en portugais puis en français par Sébastien Lapaque.
Comment comprendre cette phrase hors contexte ? Je suppose que l'auteur a voulu dire que la littérature est indispensable à la vie, ou à comprendre la vie. Elle donne une place centrale à l'écrivain, qui devient alors chargé d'une mission écrasante. Mais Sébastien Lapaque balaye ces craintes d'un revers de main involontaire à travers une autre profession de foi: il affirme que son objectif est de raconter des histoires. Et là, lumière ! 

Je me reconnais parfaitement dans cette mission: en tant qu'écrivain (bon, il n'est pas question de me comparer à lui ou à Pessoa), ce que je vise c'est à raconter des histoires. De bonnes histoires bien sûr. Et si possible des histoires qui puisse toucher un peu à l'universel, au delà des personnages et des situations. J'ai toujours pensé que si, après avoir lu un de mes textes, mes lecteurs s'ouvrent à des questions sur l'âme humaine ou le monde dans lequel nous vivons, j'ai gagné la partie

. 
Est-ce ce qu'à voulu dire Pessoa ? Si j'ai trouvé cette citation sur Internet,et la mention de "théoricien de la littérature" sur Wikipedia, je n'ai pas trouvé dans mes recherches trop rapides d'étude sur ses théories. Et puis au fond je m'en fiche. Ce qui me plait, c'est de m'approprier cette phrase et de la tordre un peu pour qu'elle dise ce qui me touche. 

Et vous, quelle place pensez-vous que l'écrivain ou la littérature doivent avoir dans votre vie ?  

samedi 27 octobre 2012

Les écrivains savent-ils lire ?



Quand j’étais gosse, à l’école, on apprenait à lire. Je veux dire, à voix haute, J’aimais beaucoup cet exercice. L’institutrice insistait sur beaucoup de détails : il  fallait « dire » la ponctuation, mettre le ton, prononcer correctement… J’ai appris ainsi la différence entre un point virgule, un point et une virgule (lisez donc cette phrase à voix haute, pour voir). Grâce à cela, je reconnais à l’oreille un « o » d’un « ô ». J’aimais beaucoup cet exercice. Aussi suis-je toujours attentive à la façon dont les écrivains lisent des extraits de leurs livres. Et là, il y a malheureusement parfois de mauvaises surprises, mais aussi des révélations !

Lors d’une soirée de l’association Paroles d’Encre, François-Guillaume Lorrain, dont j’ai aimé le roman L’homme de Lyon lit une nouvelle inédite. Il est impliqué dans son texte, que j’ai aimé, mais il bute sur des mots, comme s’il avait du mal à les déchiffrer. C’est donc une lecture heurtée, peu harmonieuse.

Metin Arditi, qui publie Prince d’Orchestre, change de voix lorsqu’il lit. Il parle dans un registre aigu (enfin pour un homme) et lit sur un ton plus grave, plus posé. Cela donne de la profondeur à sa lecture.

En2009, Laurent Gaudé avait donné une lecture de sa pièce le tigre bleu de l’Euphrate au Théâtre Montansier à Versailles. Cet auteur serait-il aussi acteur ? Il dit son texte brillamment. Je n’ai pas lu la pièce, je découvre les mots au fur et à mesure. Et je ne peux m’empêcher de me dire « je ne l’aurais pas lu comme ça ». J’y aurais mis plus de fougue, peut-être plus d’exaltation par moment, bien que le héros soit en train de mourir. Ici on touche à la grande question : l’œuvre appartient-elle à son auteur, qui la voit d’une façon douce, ou à sa spectatrice, qui la voix plus combative ?

Toujours lors d’une rencontre Paroles d’Encre, un écrivain suisse alémanique, Alex Capus, est invité. Il écrit en allemand, nous parle en français avec quelques difficultés. Il aura la chance de se voir exempter de l’exercice de la lecture, pour cause de barrière de langue.  Un point crucial ! Pour bien lire à vous haute, il faut maîtriser le verbe.

Cette semaine dans l’émission La Grande Librairie, Alexandre Jardin annonce qu’il va lire quelques lignes de son nouveau roman, Joyeux Noël. Cela n’a pas l’air de plaire à l’animateur, car ce n’était pas prévu. L’auteur lit, mais en se dépêchant. Trop vite ! L’auditeur n’a pas le temps de se pénétrer des mots, de les sentir.

Ah que la lecture est un exercice difficile ! Un ami m’a rapporté que l’auteur Christophe Claro, avant une séance publique, répétait sa lecture, aidé par sa femme. En voilà un qui a raison !

Et pour finir, si vous avez l’occasion, écoutez Fabrice Lucchini lire ou dire des textes. C’est là qu’on voir que les mieux placés pour des lectures orales, ce sont les (grands) lecteurs ! 


lecture publique de "l'Arboretum Imaginaire"

samedi 16 juin 2012

Underwood

  A l’occasion d’une flânerie de fin de semaine, je suis tombée, dans un petit « musée d’autrefois » sur une machine à écrire Underwood. Mythique ! Bien plus évocatrice de l’acte d’écrire un roman que mes stylos (voir l’article ici).



  Immédiatement, quelques images me reviennent en tête :

Barton Fink « séché », passant de nuits entières fixant le mur au dessus de sa machine, incapable de presser la moindre touche.

Ernest Hemingway décrit par Léonardo Padura dans « Adios Hemingway » écrivant ses derniers romans sur son Underwood debout.

  Il parait que Dashiell Hammet en utilisait une aussi. Connaissez-vous d’autres utilisateurs célèbres ? Nous pourrions faire tous ensemble une collection « les grands utilisateurs de l’Underwood ».

Deux témoignages en guise de commentaires, qui montrent que cette machien à écrire mythique n'est pas si loin de nous. 

Le témoignage de Françoise: 
 Oui, je connais, ou plutôt, je connaissais un utilisateur. Pas célebre. Et pas "utilisateur" ....puisqu'il se contentait de les réparer....
C'était mon Père.
Ces machines étaient magnifiques...
Le témoignage de Christine: 
Mon père en avait une ! ;-)
Il tapait tout ses devis dessus (et mon mémoire de maîtrise: je lui donnais les feuilles manuscrites!), il était VRP mais faisait en même temps à distance une capacité en droit, il n'a jamais fait d'études...Sinon, la machine était un héritage de mon grand-père paternel :-) 
Je n'aurai pas pensé toucher de si près vos souvenirs....