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lundi 25 janvier 2016

Miscellanées aux rendez-vous de l’histoire de Blois





Chaque année, nous allons passer une journée aux rendez-vous de l’histoire de Blois (lien). Le thème de l’année était Les Empires, sujet vaste qui a donné l’occasion de rencontres variées. Nous avons assisté à quatre événements :

  • Une table ronde d’ historiens sur « empires industriels et états »
  • Une conférence de Gilbert Sinoué sur son roman l’envoyé de Dieu
  • Un café littéraire avec Daniel Picouly pour son roman Le cri muet de l’iguane (Raphael Confiant, l’autre invité s’est excusé pour raisons de santé)
  • La conférence inaugurale, prononcée par Serge Gruzinski, sur le thème « au-delà des empires, quelle histoire écrire dans un monde globalisé ». Il a débuté sa conférence par : L’histoire est un instrument qui permet de regarder le présent avec une distance critique. Je vais essayer de m’en servir (modestement) ici.

Nous avons aussi longuement visité le salon du livre qui accompagne ces rendez-vous.

Voici quelques mots / phrases / idées glanées ici et là, et les questions ou réflexions que cela m’a inspiré (je précise que ces RV ont eu lieu du 8 au 11 octobre, bien avant les attentats de Paris)



Lors de la table ronde sur les empires industriels et les états ont été évoqués ben des sujets. Je voudrais évoquer deux sujets de réflexions, ouverts et sans doute difficiles à fermer.

Qu’est-ce qu’un empire industriel ? Au 19ème siècle, c’était assez facile à définir : un outil de production puissant, un rayonnement international, une entreprise inscrite dans un territoire, une gestion paternaliste de la main d’œuvre. Qu’en est-il aujourd’hui avec des territoires variés, des outils industriels délocalisés (quand il y en a encore, cf le mythe de l’entreprise sans usine), des directions éclatées, des sièges dans des paradis fiscaux…
En écoutant j’ai réalisé que nos vies sont gouvernées par de grandes entreprises qui se disputent nos parts de marché, oubliant que nous sommes des citoyens avant tout, et que ces grandes entreprises ont en effet des définitions bien floues…

A travers principalement l’exemple de Renault, un historien a montré comment l’Etat peut être un piètre actionnaire : en effet, il joue son intérêt en tant qu’état et pas son intérêt en tant qu’acteur de l’industrie. Ceci dit, on voit comment les empires économiques peuvent avoir besoin que l’état vienne à la rescousse quand ça va mal, comme pour PSA en France, ou GM aux US. Et je reste dans le domaine de l’automobile, regardons du côté des banques !



Gilbert Sinoué est, au-delà d’un grand écrivain, un personnage pittoresque. Il s’est aventuré sur le périlleux chemin de la biographie de Muhammad (Mahomet pour les français) d’abord pour des raisons personnelles : il ne comprend pas comment on peut être monothéiste. Il se revendique fervent polythéiste, adepte des anciens grecs qui avaient un temple dédié aux Dieux inconnus. Ainsi, le voyageur qui ne trouvait pas son Dieu dans les autres temples pouvait se recueillir en ce lieu. J’avoue que j’aime beaucoup cette idée… qui me semble par les temps qui courent un exemple d’ouverture à méditer !

Ouvrons une parenthèse sur son livre, que j’ai lu depuis : rédigé à deux niveaux, il entremêle la biographie pure, racontée par un vieil homme dont la route a croisé celle de Muhammad, et le roman, à travers le personnage du scribe qui recueille la parole du vieux, et d’autres personnages qui entourent ce sage. Ces deux niveaux de narration ont chacun leur style, l’un qui relève du conte, l’autre du romanesque. Cette structure a permis à Gilbert Sinoué d’éviter des écueils sur le sujet, car raconter la vie du prophète est aussi dangereux que traverser un champ de mines ! Restant sur le terrain des faits avérés, l’auteur rend au prophète son essence purement humaine, un être fait de chair et de sang, bien éloigné de ce qu’est Jésus dans la tradition chrétienne qui nous entoure. Ce fut une grande découverte pour moi.
Mais je suis un peu restée sur ma faim, car je voulais en savoir plus sur la façon dont s’articulent les trois grands monothéismes. C‘est l’ange Gabriel qui amène au prophète les versets du Coran, ce qui montre bien que l’islam procède du christianisme et du judaïsme. Ces trois religions ont au départ le même dieu, et sont aujourd’hui ennemies jurées : pourquoi ? On pourrait trouver des racines de cette animosité dans la façon dont Muhammad a agi pour convertir des fidèles. Mais je devine que c’est une explication un peu courte, et qu’il y en a d’autres…

Avouons-le : je suis restée sur ma faim car j’attendais dans le roman des choses qui n‘étaient pas dans l’intention de son auteur. Et pour les intentions qu’il y a mises : raconter la vie de l’Envoyé de Dieu, avec des respirations permises par la part romancée du scribe, il a parfaitement réussi son coup.



Je ne connaissais pas Daniel Picouly. Voilà un homme singulier ! Il se définit comme un solognot antillais, avec des parents tarbais et morvandiaux. Face à lui j’ai envie de dire, comme Maurice Chevalier : et tout ça, ça fait d’excellents français ! Sauf que… il faudrait réécrire toutes les autres paroles de la chanson ! Bref, merci monsieur Picouly de nous rappeler, avec votre verve métisse, qu’il existe mille façons d’être français !

samedi 1 novembre 2014

El Aswany: un écrivain rebelle aux Rendez-Vous de l'Histoire de Blois



Les Rendez-Vous de l’Histoire de Blois, c’est une mine. D’information, de rencontres, de sources de réflexions… Vos pas y croisent ceux d’historiens, d’écrivains, d’éditeurs…

L’année dernière, je vous ai rendu compte de l’intervention de ChantalThomas sur la construction du roman historique.

Cette année, nous avons assisté  un café littéraire avec Alaa El Aswany, qui a beaucoup parlé de la situation en Egypte (le thème de l’année étant « les rebelles »), mais aussi des relations de l’écrivain et de ses personnages, du rôle de l’écrivain qui s’engage et de la langue. 


Le romancier et ses personnages

Quand Alaa El Aswany a commencé à dire qu’il a été visité par ses personnages qu’il sent qu’ils existent, j’ai craint la série de poncifs. Mais la verve de l’auteur a balayé toutes les banalités !

Au premier chapitre, raconte-t-il, les personnages se sont révoltés contre l’écrivain. « Vous nous avez créés, vous devez nous laisser l’espace pour parler, parce qu’il y a des choses que vous ne connaissez pas ».

Et c’est ainsi que certains personnages font même des choses avec lesquelles il n’est pas d’accord comme le mariage du vieil homme et de la jeune femme dans l’Immeuble Yacoubian. C’est ainsi que lorsqu’il a écrit cette partie de son roman, il est sorti de son bureau en colère, en disant à sa femme « tu te rends compte, ils se marient » ! J’adore cette anecdote !

Le rôle de l’écrivain qui s’engage.

L’engagement d’Alaa El Aswany dans le printemps arabe est connu, il fut des manifestants de la place Tahrir et continue le combat pour cette révolution toujours en cours.

Alors, quel est son rôle quand il écrit un roman ? Selon El Aswany, cela dépasse le simple oui ou non. Il ne suffit pas de dire non à un dictateur, il faut expliquer, faire comprendre. Le roman doit plutôt amener les lecteurs à se poser des questions, plus que leur amener des réponses.

Le thème du café littéraire était de faire le bilan des printemps arabes. Il fut donc longuement question de ces révolutions (et pas révoltes, comme le romancier l’a souligné maintes fois) et nous avons beaucoup appris en l’écoutant.

Cependant je dois dire que j’aurais aimé approfondir cette question du roman qui soulève les questions : le roman engagé, celui qui tente de faire passer des messages, est une notion qui a presque disparu de la littérature moderne. J’aurais donc aimé savoir si  Alaa El Aswany se sent dans la lignée des Hugo et Zola, qui sont peut-être des auteurs plus démonstratifs que lui, qui exposent plus.

Le choix de la langue

Alaa El Aswany parle très bien français, avec subtilité. Il manie même l’humour en français, ce que je tiens pour la marque d’une appropriation totale d’une langue. Né dans une Egypte encre très francophone et pétrie de culture française, il pense qu’il aurait pu écrire en français, ou en anglais d’ailleurs.

Cependant… il pense que pour la fiction, il y a des profondeurs qu’on ne peut écrire que dans sa langue maternelle. A rebours donc de Yasmina Khadra par exemple, qui a choisi la langue française !

Il était d’ailleurs accompagné de son traducteur, remarquable connaisseur de l’Egypte et des printemps arabes.

mercredi 13 novembre 2013

La construction du roman historique



Les Rendez-vous de l'histoire de Blois avaient cette année pour thème La Guerre. Beaucoup de conférences, de journées d'études y étaient consacrées. 


Cependant le salon du livre d'histoire qui se déroule en même temps garde une certaine liberté par rapport à ce thème. De nombreux exposants proposaient des essais ou des romans sur ce thème (dont quelques livres intéressants sur la guerre civile espagnole…), mais aussi des œuvres historiques abordant d’autres sujets. C'est grâce à cette liberté que Chantal Thomas, qui n'a pas tellement écrit sur la guerre, était cette année présidente du salon. Le jour où j'étais à Blois, dans le cadre d'un café littéraire, elle a évoqué la question, parfois difficile, de la construction du roman historique.

Je n'ai jamais lu Chantal Thomas, mais ce n'était pas une raison pour ne pas aller l'écouter ! 

Son intervention fut intéressante, même si elle s'est déroulée dans un cadre qui a eu l'air de la décontenancer, et qui m'a laissé insatisfaite : l'animateur a souhaité la faire beaucoup parler de son dernier livre, L'échange des princesses http://www.telerama.fr/livres/l-echange-des-princesses,101356.php  alors qu’elle s'attendait visiblement à évoquer ses trois romans historiques, Les adieux à la Reine, Le testament d’Olympe et le dernier né.

L'auditoire a pu néanmoins tirer de ses réponses aux questions posées quelques axes directeurs:
- le choix du sujet, qualifié de « scorie de l’Histoire »
- la méthode, basée sur des faits historiques prouvés
- le rôle du romancier au sein de l’Histoire.

En contre-point, Michel Winock, historien, donne son avis sur le rôle du romancier au regard de l’Histoire.

Les scories de l’Histoire

Un romancier n’est pas légitime pour écrire l’Histoire. Par contre, il peut s’approprier un petit événement, passé inaperçu des livres d’histoire, pour en faire un roman. Chantal Thomas aime les à-côtés, les histoires oubliées, ces recoins d’ombres qui donnent envie de les éclairer. L’animateur de ce café littéraire baptise ces faits minuscules des scories de l’Histoire.

L’échange des princesses, moment historique mais « petit » événement, est exceptionnel du fait de l’âge des deux enfants : l’infante d’Espagne a quatre ans, Melle de Montpensier en a douze ! Un mariage princier avec des motivations politiques n’était pas de nature à inspirer la romancière, mais leur âge, si.

Aller d’un fait prouvé à un autre

Chantal Thomas passe beaucoup de temps à chercher de la  documentation, en particulier des lettres. Elle essaie d’aller d’un fait prouvé à un autre, pas à pas, pour reconstituer toute la trame de l’aventure (mésaventure ?) qu’elle veut nous raconter, évidemment avec l’objectif de coller autant que possible à la réalité.

Cependant un détail peut enflammer l’imagination de l’auteur : ainsi, lorsqu’elle apprend que l’infante d’Espagne arrive à Versailles avec une malle pleine de poupées, elle se rappelle des siennes, et les introduit dans le roman en les imaginant et en leur donnant un rôle.

Elle aime également à s’engager des les « trous » laissés par les textes : ce qu’ils ne disent pas, ce qui reste à inventer. Le travail du romancier se loge sans doute là. Par exemple, le fiasco conjugal du couple formé par le prince des Asturies et Mlle de Montpensier est très peu décrit. A partir de ce fait avéré, elle s’est donc plu à imaginer ce qui se passe dans la chambre royale.

Chantal Thomas passe beaucoup de temps sur les lieux de l’histoire avant d’écrire. Elle s’inspire de tableaux également, et a ainsi fréquenté le Prado. Par contre, le temps de l’écriture doit s’abstraire de la vie parisienne et de ses tentations.

Arrivée à cette étape, la romancière a toutes les choses en tête, mais ne doit pas trop coller à sa documentation, sinon elle ne trouve pas son rythme. Ce qui ne l’empêche pas d’être entourée de ses piles de papiers ! Dans cette phase concrète, un jeu s’instaure entre l’érudition et l’imaginaire, entre ce que l’écrivain contrôle et ce qu’il ne contrôle pas.

Le rôle du romancier au sein de l’Histoire.

Tout au long de son intervention, Chantal Thomas a jeté derrière ses propos des petites pierres blanches à suivre, et qui menaient droit son auditoire vers ce sujet. Ne pas oublier qu’elle est aussi historienne ! Elle fait donc parfaitement la différence entre son travail académique et celui qu’elle met en œuvre sans ses romans.

Ainsi, elle glisse « les détails anachroniques ne sont pas importants si le cadre est là », « l’Histoire est un vrai terreau pour les écrivains », « il faut que quelque chose de bizarre lie l’écrivain au thème ».

Michel Winock complètera de façon assez directe sa pensée : l’historien procède par abstraction, par généralisation. Pour évoquer un cimetière, il indiquera la date de sa création te le nombre de personnes qui y sont enterrées. Le romancier, lui, donne chair et vie (si l’on ose dire vu l’exemple) à cette image assez théorique. Il décrira une cérémonie d’enterrement, ou les pensées d’une personne qui se recueille sur une tombe. Mais au fond ils parleront de la même chose, le cimetière.

A titre personnel, il a voulu s’écarter un peu du travail de l’historien, et s’en est tiré par la biographie, ce « roman vrai » ou malgré tout, il ne peut pas inventer de détails, il n’a pas la liberté du romancier, liberté évoquée par Chantal Thomas lorsqu’elle s’engage des les trous de ses documents.

Il finira son intervention en mentionnant qu’il pense que le romancier ne devrait pas s’attaquer aux « grands » personnages. Et il cite Richelieu comme exemple de grand personnage, ce qui me fait tiquer : Richelieu est un personnage incontournable’ des Trois Mousquetaires de Dumas, même s’il n’est pas central. Dumas lui prête des pensées, des décisions, est-ce une faute ? Je n’ai pas eu l’opportunité de poser la question.

Voilà un café littéraire qui m’a passionnée ! Je suis fort intéressée par l’histoire, mais je préfère m’y aventurer via les romans historiques, pour l’aborder d’une façon plus ludique. Ce qui n’empêche pas que j’ai dans ma bibliothèque deux livres de Michel Winock, mais qui abordent la révolution française comme une grande épopée, ce qui entraîne le lecteur…

Je dois dire que, comme sans doute notre romancière, je suis restée sur ma faim. J'aurais aimé l'entendre sur les points de convergence de la construction de ses trois romans, et les points de divergence. J'imagine qu'il peut y en avoir, peut-être du fait du sujet en lui-même !  J'espère que ce sera pour une autre fois...

samedi 17 novembre 2012

Pessoa et moi



jeudi soir, lors d'une rencontre Paroles d'Encre (association littéraire à Versailles), j'ai découvert une citation extraordinaire de Fernando Pessao


"La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas". 


 Cette phrase a été citée en portugais puis en français par Sébastien Lapaque.
Comment comprendre cette phrase hors contexte ? Je suppose que l'auteur a voulu dire que la littérature est indispensable à la vie, ou à comprendre la vie. Elle donne une place centrale à l'écrivain, qui devient alors chargé d'une mission écrasante. Mais Sébastien Lapaque balaye ces craintes d'un revers de main involontaire à travers une autre profession de foi: il affirme que son objectif est de raconter des histoires. Et là, lumière ! 

Je me reconnais parfaitement dans cette mission: en tant qu'écrivain (bon, il n'est pas question de me comparer à lui ou à Pessoa), ce que je vise c'est à raconter des histoires. De bonnes histoires bien sûr. Et si possible des histoires qui puisse toucher un peu à l'universel, au delà des personnages et des situations. J'ai toujours pensé que si, après avoir lu un de mes textes, mes lecteurs s'ouvrent à des questions sur l'âme humaine ou le monde dans lequel nous vivons, j'ai gagné la partie

Est-ce ce qu'à voulu dire Pessoa ? Si j'ai trouvé cette citation sur Internet,et la mention de "théoricien de la littérature" sur Wikipedia, je n'ai pas trouvé dans mes recherches trop rapides d'étude sur ses théories. Et puis au fond je m'en fiche. Ce qui me plait, c'est de m'approprier cette phrase et de la tordre un peu pour qu'elle dise ce qui me touche. 

Et vous, quelle place pensez-vous que l'écrivain ou la littérature doivent avoir dans votre vie ?