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jeudi 3 octobre 2013

des bandits en culottes courtes #6

épisode 1 ici
épisode 2 ici
épisode 3 ici 
épisode 4 ici 
épisode 5 ici

Depuis deux jours Pons avait disparu. Les hommes du village ont organisé une battue dans les garrigues, grimpant progressivement vers la montagne, ces Pyrénées traîtresses où l’on pouvait glisser d’un rocher et rester étourdi dans une ravine sans pouvoir en sortir. Ils revinrent bredouilles et abattus. Les garçons de la petite bande n’osaient plus courir dans les rues, ni se montrer ensemble dans le village. Alors ils se faufilaient comme des ombres le long des murs, se réfugiant à deux ou trois, pas plus, dans une encoignure pour se donner des nouvelles : Pons résiste, il refuse toujours de jurer.
Pere a eu enfin le droit de se lever et de faire quelques pas dehors, mais aucun gamin n’a osé l’approcher.

Troisième jour, un dimanche. Josep avait mal au ventre. Il se sentait coupable. C’est lui qui avait eu l’idée du coup des Trabucayres, mais il n’avait pas compris que cela voulait dire enlever Pons, le faire pleurer comme un enfant, faire pleurer sa mère, faire pleurer tout le monde. Son petit cœur d’enfant de sept ans était retourné, son estomac aussi. Il était incapable de boire son chocolat. Alors il faisait traîner, tournant sans fin la cuiller dans le bol, attendant  que sa mère ait le dos tourné pour le jeter à l’évier. Puis il sortit rôder dans les rues. Sa mère allait à la messe, mais pas son père ni lui. Alors il traîna son désarroi dans les rues, avançant sans regarder où il va. Et ses pas, machinalement, comme tous les matins, l’emmenèrent sur le chemin de l’école. Il longea le mur de la cour de récréation, les yeux rivés au sol, quand il buta contre des pieds. Levant le nez, il vit M. Legrand. Alors sa honte et son angoisse le submergèrent, il fondit en larmes.
- Et bien, qu’y a-t-il, Joseph ? Pourquoi tu pleures ?
- Oh M’sieur ! Oh M’sieur !
C’est tout ce qu’il pouvait dire. M. Legrand eut un soupçon.
- Joseph, c’est à cause de Pons ?
- Oui, M’sieur.
- Allons, Joseph, viens avec moi sur le banc de la cour, tu vas tout me dire.
Alors Josep, entre deux sanglots, avoua sa mauvaise idée, ses regrets, sa peine d’avoir fait du mal.

- Toi, Josep, tu ne bouges pas d’ici !
Et chacun put voir M. Legrand sortir comme un fou de la cour, traverser le village en courant et rameuter tous les hommes qu’il croisait pour se diriger vers le vieux Chêne. Ils trouvèrent là le jeune Pons, recroquevillé sur une banquette, mains et pieds liés, bâillonné. Lorsqu’ils le délivrèrent, le garçon se mit à pleurer tout en tremblant. Il n’avait mangé depuis trois jours. Les hommes le portèrent jusque chez lui, où il fut couché dans le grand lit de ses parents, pendant que la vieille Dide lui préparait un bouillon. Il sombra aussitôt dans un profond sommeil,  et ne fut capable de raconter sa mésaventure qu’en fin d’après-midi.
Cette fois-ci, ce furent les pères qui tinrent conseil, au café. Le père Pons hurlait de rage, disant que les gosses méritaient une sévère punition, comme de passer l’été en maison de redressement. Celui de Pere faisait timidement remarquer que son fils, rossé par Pons, était au lit lorsque le rapt s’était produit. M. Legrand tentait de calmer les esprits, expliquant que son intervention auprès de Pere avait peut-être tout déclenché, que les enfants ne s’étaient pas rendu compte… Les autres se taisaient, le nez dans leur verre, rouges de honte. M. Legrand, à bouts d’arguments, proposa une sentence : les fautifs devaient être séparés pendant l’été, lorsque la classe serait finie, avec obligation de faire des devoirs de vacances qu’il se chargeait de fournir. Le père Pons en demanda plus, qu’ils soient tous au pain et à l’eau pendant trois jours et pas d’argent de poche pendant les vacances. Tous les pères acceptèrent, heureux que les choses n’aillent pas plus loin. Antoine retournerait à Céret, Jacques irait chez sa tante à Perpignan. Josep n’avait pas d’endroit ou aller, alors M. Legrand l’emmènerait avec lui. Jean irait travailler chez un lointain cousin dans la montagne, éleveur de moutons. Soulagé que cela se termine sans punitions corporelles, l’instituteur retourna vers son école. Il était près de huit heures du soir. En s’approchant, il distingua sur le banc de pierre une petite silhouette.
- Bon sang Joseph, mais qu’est-ce que tu fais là ?
- Vous m’avez dit de ne pas bouger, j’ai pas bougé.
- Excuse-moi, bonhomme, je t’avais un peu oublié ! Viens, je vais te donner du chocolat.

Pere, lui, avait vécu ces événements depuis sa maison. Sa mère avait peur pour lui et préférait le garder près d’elle. Ses amis vinrent donc le voir pour lui expliquer toute l’affaire. Il ne fit qu’un commentaire :
- Vous êtes complètement fous. Pour racheter une petite bêtise, faire une bande avec Pons, vous en avez fait une énorme.
- Mais… tu nous feras les leçons, à la rentrée ?
- Je ne sais pas… J’ai plus trop envie. Ça va encore faire des histoires. Je crois que non.
En prononçant cette phrase, il n’y croyait pas vraiment. Il avait beaucoup réfléchi, il aimait donner ses leçons. Mais il lui fallait être sûr de sa tranquillité.

Depuis deux jours, Pere faisait la vie à sa mère, la suppliait pour qu’elle le laisse sortir. Il venait d’obtenir sa permission et se rendit à l’épicerie.
- Bonjour Mme Pons. Puis-je voir Pons, s’il vous plait ?
- Il est sur la terrasse, derrière, vas-y.
- Merci M’dame.
Il traversa la maison derrière l’épicerie et vit le garçon assis à l’ombre d’une glycine, qui s’essayait au tressage de l’osier.
- Salut Pons.
- Salut.
- Ecoute bien, parce que je ne le dirai pas deux fois. Je trouve que ce qu’ils t’ont fait, c’est pas bien. Tu as été méchant, autoritaire et tu méritais une punition. Mais c’était à moi de te la donner, pas à eux. Alors pour ça je te présente mes excuses. Mais pour le reste, le Chêne est à ceux qui veulent y travailler. Si tu veux étudier, tu es le bienvenu, sinon tu vas faire tes coups ailleurs. Voilà !
- Mon père a dit que si je continuais mes coups, j’irai jamais au lycée et je ne serai jamais directeur de grand magasin. Et moi, je veux être directeur des Dames de France. Alors j’arrête. Le Chêne est à ceux qui veulent y travailler, tu as raison. Retournez-y.
- Si un jour tu le veux, tu peux venir.
- Pourquoi pas ?

lundi 30 septembre 2013

des bandits en culottes courtes #5

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Le lendemain, il arriva à l’école blanc comme un linge, le visage grave, les lèvres serrées. Il parla à peine à ses camarades, s’éloigna sans les saluer après la classe. Mais dès qu’il eut tourné le coin de la rue, après la boutique du cordonnier, comme pour aller chez lui, il se mit à courir comme un fou, pour arriver le premier au Chêne. Il se cacha parmi les genêts et les buis juste au dessus de l’arbre et attendit. Il vit d’abord arriver le Cérétan, qui malgré son altercation avec Pons était resté dans la bande, puis Pons lui-même, enfin les autres. Le dernier à venir fut le fils du patron du café, entrant dans le creux du tronc en tendant fièrement à la main une bouteille d’anisette dérobée chez son père. Pere attendit encore un quart d’heure, immobile, pour être sûr qu’il n’y aurait plus de passage. Alors il sortit de sa cachette, se planta devant l’entrée du repaire, jambes écartées, poings sur le hanche.
- Pons ! Oh, Pons ! Tu m’as volé ma bande et je ne suis pas d’accord ! ces gars sont mes copains et tu les as embobinés avec tes bêtises. Eh, vous m’entendez, les autres ? Ce ne sont que des bêtises ! des conneries, même ! Depuis que vous êtes avec lui, vous ne valez pas tripette ! Quant à toi, Pons, je suppose que le Cérétan t’a raconté l’histoire des Trabucayres et depuis tu t’imagines que tu en es un ? Une sorte de héros ? Et bien laisse-moi te dire que tu ne vaux pas un clou !
En entendant ce son discours, Pons était sorti, furieux, brandissant le poing, suivi des autres gamins, qui regardaient abasourdis leur calme et gentil copain provoquer leur nouveau chef. Quand Pere trouva le garnement suffisamment rouge, il s’arrêta. Il y eut un long silence. Puis le chef se précipita sur son provocateur, le plaquant au sol, le bourrant de coups de poings au visage, au ventre, dans les côtes. Pere ne se laissa pas faire, il répondit aux coups de poings par des coups également. Au milieu de la mêlée, il réussit à prendre le cou de son assaillant des deux mains et à serrer. Pons était assis à califourchon sur son adversaire et tenta d’écarter ses mains. Comme il n’y arrivait pas, il décocha un formidable coup au foie de son adeversaire, qui hurla de douleur. À cet instant, Jacques se réveilla de la stupeur qui avait saisi toute la bande et cria :
- Les gars ! Faut les séparer !
Cinq ou six d’entre eux se précipitèrent sur Pons, l’immobilisèrent en lui bloquant les bras dans le dos et l’entraînèrent de l’autre côté de l’arbre. Les deux plus grands relevèrent Pere et passèrent ses bras au dessus de leurs épaules pour le porter jusque chez lui.

Pere avait tellement mal qu’il ne vint pas à l’école pendant plusieurs jours. Il n’eut donc qu’une idée un peu confuse de ce qui se passa ensuite. Le conseil de guerre d’abord. Dès le lendemain, dans la cour de l’école. Tous y participèrent : les habitués de l’école de Pere,  et ceux qui n’étaient venus qu’une fois ou deux, à l’occasion d’une leçon mal comprise. Calmement Jean expliqua son point de vue : ils s’étaient mal comportés avec Pere, qui était leur ami et passait du temps à les aider, en lui préférant Pons, ce mauvais garçon qui les a entraînés dans de grosses bêtises. Tiens, mais où il est, Pons ? Il est puni, son père n’aime pas les bagarres, jeta l’un d’entre eux. Un autre reprit :
- Bon, t’as raison, Jean. On le sait tous, même si on le dit pas. Casser des carreaux, voler des pêches, c’est idiot. Mais on fait quoi, maintenant ?
- D’abord, on ne va plus au Chêne si Pons y est.
- Ouaih, d’accord, firent plusieurs voix.
- Mais attention, ajouta Jean, solennel. Il faut jurer de vraiment le faire !
- Non, ça c’est bête, fit une petite voix, celle de Josep. Il a fait du mal, il faut le punir. S’il se prend pour un Trabucayre, pourquoi on ne lui ferait pas comme les Trabucayres ?
- Ça, c’est une vache de bonne idée !
Pons resta puni trois jours sans sortir de chez lui. Cela leur laissa le temps de préparer leur coup.

Le père Pons parcourait le village en tous sens, demandant partout : « Dites, vous savez où il est, mon fils ? Il est plus de dix heures, il devrait être rentré ! ». Personne ne savait où se trouvait le garçon. Ni le patron du café, ni le cordonnier, ni l’instituteur qui confirma que Pons était venu à l’école aujourd’hui, ni le père Capell, ni … Il frappa à toutes les portes, sans aucun succès. Comme il errait sur la place du village, désemparé, M. Legrand vint le voir :
- Ecoutez, vous lui avez donné une punition sévère, même s’il la méritait. Il a dû faire une fugue, il reviendra bien demain. Allez dormir tranquillement, s’il ne revient pas demain, on ira ensemble à la gendarmerie.
A quelques centaines de mètres de là, Pons sanglotait ligoté et bâillonné, caché dans le creux du chêne-liège. Après la classe, quelques camarades avaient causé avec lui, naturellement, comme si rien ne s’était passé. D’autres avaient couru en silence, chaussés d’espadrilles, vers le Chêne. Quand Pons y était arrivé, l’un d’entre eux attendait caché sur le côté de l’entrée de la cachette, armé d’un gourdin. Pons fut promptement assommé, attaché, couché sur une banquette. Puis Jean lui jeta un broc d’eau au visage pour le réveiller et lui cria :
- On te libère si tu jures de nous laisser tranquille pour bosser ici !
Pons fit non de la tête.
- Tant pis pour toi. On viendra demain voir si tu as changé d’avis.

jeudi 26 septembre 2013

des bandits en culottes courtes #4

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Petit à petit, Pons organisa la vie de l’antre arboricole. Un soir il inventait un « cours de botanique », entraînant la bande à travers la garrigue pour reconnaître les plantes. Un autre, il amenait des dominos et organisait un tournoi. Pere n’avait pas l’âme d’un chef et laissait faire. Les leçons, c’était pour rendre service. Pons, lui, affichait une cordialité qui masquait une brutalité devant laquelle les autres reculaient. Les choses commencèrent à mal tourner quand son grand frère, apprenti ferronnier au bourg voisin du Boulou vint un dimanche et apporta des frondes. Pons entraîna la bande hors du chêne-liège, pour jouer à casser des carreaux. En juin, quand les premiers fruits commencèrent à mûrir, ils allèrent chaparder dans les vergers. Pere ne venait plus depuis longtemps. Seuls Josep, chassé par Pons du fait de son âge, et Jean, hanté par son certif’, lui étaient restés fidèles. La saison était belle ; ils travaillaient sur un banc à l’ombre au flanc de l’église. Mais la protection bienfaisante de l’arbre aux bandits leur manquait.
Un jour, M. Legrand vint les trouver. Il avait l’air très préoccupé.
- Bonsoir, les enfants. Puis-je vous parler ?
- Bien sûr, répondit Pere.
- Écoute, mon garçon, je suis très inquiet. Les notes de toute la classe baissent. Je ne comprends pas pourquoi tu ne les aide plus. Cela était bien utile. Tu aurais du continuer.
- Mais M’sieur, ce n’est pas ça du tout ! Les autres ont préféré jouer au Truc, ou faire toutes sortes de choses que Pons leur proposait ! Moi, j’ai continué tant que j’ai pu, mais il a retourné presque tout le monde, avec ses idées. Voyez, il n’y a que Josep et Jean qui ont préféré travailler. Comme dans l’arbre ce n’était plus possible avec les cris et l’agitation, on est venu ici. Mais vous verrez M’sieur, Jean, il l’aura, son certif’. 
- Allons Pierre, je pense que quand tu racontes cette histoire, tu ne dis pas tout. Tu l’as bien un peu laissé faire, Pons ? Tu aurais pu t’opposer, dire non.
- Dire non ? Pourquoi ? Moi je faisais cela pour aider. S’ils ne veulent plus, c’est leur problème.
Il appuya son discours d’un mouvement de tête en direction du Chêne.
- Et bien, tu me déçois, Pierre, fit M. Legrand.
 Il se retourna et s’éloigna sans un mot de plus.
Cette conversation avait mis Pere en colère. Au début l’idée des leçons en plus de la classe n’était pas la sienne, même s’il l’avait trouvée bonne. C’étaient les autres, ses « élèves », qui lui avaient demandé. Maintenant ils préféraient faire la vie avec ce garnement de Pons. Est-ce que cela le regardait ? Non ! En rien ! Si les autres voulaient recommencer à travailler, c’était à eux de voir, aucun problème. Il décida qu’il en avait assez, qu’il laissait tout tomber.
Au dîner il subit un nouveau coup de semonce. Tout à coup, son père lui dit :
- Dis donc, ta bande, elle en fait des jolis coups ! Aujourd’hui, ils ont volé des pêches chez le père Noux.
- Voyons Papa, tu sais bien que ce n’est plus ma bande, c’est celle de Pons maintenant.
- Oui, et bien au village tout le monde pense que si tu ne l’avais pas laissé faire, ce vaurien de Pons, on aurait moins de problèmes. Au café, le père de Jacques m’a fait des reproches car ses notes baissent et même le curé s’y est mis, disant que depuis que tu les as abandonnés, ces garçons ne viennent plus au catéchisme.
- Mais merde, je les ai pas abandonnés ! C’est eux qui ont décidé d’aller avec Pons et pas avec moi ! cria-t-il en levant les bras au ciel. Puis il jeta sa fourchette sur la table et bondit en courant vers l’escalier pour se réfugier dans sa chambre, tant pour éviter la taloche paternelle bien méritée pour un aussi gros juron que pour y méditer son chagrin.
Plus tard dans la soirée, il entendit une vive discussion entre ses parents.  Et entendit même son père crier « c’est pas avec une attitude comme ça qu’il sera député, ton fils ! Il se trompe bien, M. Legrand ! »
Il passa une nuit blanche, essayant de mettre de l’ordre dans ses pensées. Il n’arrivait pas à sortir de son argument principal : ce n’était pas lui qui avait décidé de cesser leurs activités, ce sont les autres qui ont préféré Pons. Mais il comprenait que son honneur était atteint, puisque tout le village se montait contre lui. De la part de certains, cela lui était égal, mais venant de son père et de M. Legrand, il se sentait blessé au plus profond. Les deux hommes semblaient croire en lui, M. Legrand avait convaincu son père de le laisser faire des études, il rêvait déjà à un avenir de « Monsieur », avec un beau costume et peut-être une voiture ! Perdre leur estime était injuste, et un grave préjudice. Il ne pouvait pas laisser faire cela.

lundi 23 septembre 2013

des bandits en culottes courtes #3

épisode 1 ici
épisode 2 ici



Après les vacances de Pâques, M. Legrand leur présenta un nouveau, Pons. Aucun élève ne fut surpris : tous avaient assisté à l’emménagement de la famille comme au spectacle. Débarquant en plein village avec une carriole tirée par un cheval, ils avaient amené tous leurs meubles : armoires, tables, chaises, commodes, cuisinière à bois… Après vingt ans dans la bonneterie à Rivesaltes, à vendre des gaines et des élastiques, Monsieur Pons venait reprendre l’épicerie de sa cousine Dide. Trop vieille pour continuer à grimper sur les escabeaux, n’y voyant plus assez pour compter les roudoudous et les réglisses, elle avait besoin d’aide. C’est ainsi que Pons arriva sur les bancs de l’école. Les premiers soirs, il rentra chez lui après la classe, goûta et sortit dans les rues à la recherche de quelque camarade d’école avec qui s’amuser. Il fut étonné d’en trouver peu. Au bout de quelques jours il avisa Jean et lui demanda :
- Tu fais quoi, toi, après la classe ?
- Moi ? Je vais avec les autres, pardi ! On travaille avec Pere, pour avoir de bonnes notes.
- Vous faites quoi ? insista Pons, un sourire narquois sur les lèvres.
- On travaille, pauvre nouille ! On se rassemble au vieux Chêne et Pere nous aide si on n’a pas compris.
Le soir même, Pons vint rôder autour du vieil arbre. Pas impressionné du tout. Ni par sa stature, ni par son aura. Chaussé d’espadrilles, il s’approcha sans un bruit, s’assit près de l’ouverture du tronc et écouta. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir qu’ils travaillaient vraiment ! Jacques récitait ses tables de multiplication, des plumes crissaient sur du papier, et Pere expliquait à Jean pourquoi les trains se croisaient à onze heures cinquante-huit. Il repartit tout aussi discrètement, pensant « ben merde alors, j’ai jamais vu des gars aussi sérieux … ».

Le lendemain, Pons demanda de venir, la règle du participe passé lui posait problème. Pere lui expliqua l’accord : il devait amener un goûter. Il amena du chocolat, un luxe inouï pour la plupart des membres du groupe.
- Ouah ! Comment tu l’as eu ?
- C’est rien, fit-il négligemment, je l’ai piqué à l’épicerie.
Alors Pere répondit :
- Ecoute, ici tout le monde est réglo. Le goûter, c’est les parents qui le donnent.
- D’accord, d’accord, je ne le ferais plus, mon père. Bon, tu me l’expliques, la règle du participe ?

Pons se montra assidu à ces séances de travail. Il disait aimer l’atmosphère bienfaisante dans la cavité. Comme si le chêne-liège le protégeait. Pourtant, un jour, il arriva avec un jeu de cartes.
- Oh les gars, si on jouait ?
- Non, on est là pour travailler, cria Josep.
- Toi, le Petit, la ramène pas, tu veux ?
Le Cérétan intervint :
- Fiche-lui la paix, c’est un petit !
- Ouh ! Le Cérétan qui se fâche ! Et d’abord pourquoi on t’appelle comme ça ? Je parie que tu n’y as jamais mis les pieds, à Céret ! Moi, je vais t’appeler par ton vrai nom, Antoine !
Le Cérétan blêmit.
- Quand ma mère était malade, je suis allé vivre chez mon oncle, à Céret. Je ne suis revenu qu’après sa mort. Alors ta gueule ! termina-t-il dans un hurlement.
- Bon les gars, interrompit Jean, si tout le monde doit d’engueuler, moi je m’en vais. Mais si on se calme, je veux bien faire une partie de cartes. C’est vrai quoi, je le veux, mon certif’, mais on fait que travailler et on a tous de meilleures notes.
Deux autres se portèrent volontaires et tous s’installèrent dans un coin pour jouer au Truc. A compter de ce jour, l’ambiance au creux du chêne des Trabucayres devint moins posée, moins studieuse.

jeudi 19 septembre 2013

des bandits en culottes courtes #2

(épisode 1: cliquer ici)



Pere donnait ses leçons depuis déjà un trimestre. Jacques, un garçon pauvre qui rêvait de savoir pouvoir un jour tenir un commerce, en avait eu l’idée, avant les vacances de Noël. Il en avait parlé un jour à la récréation :
- Companys[1] (bien que le catalan fût interdit à l’école) ! Vous avez pas du mal, des fois, avec les devoirs ? Moi, j’ai beaucoup de mal. Vous croyez pas que ce serait bien de demander à Pere de nous aider ? Pour lui tout est facile…
Jean avait bondi sur l’occasion :
- Ouais, c’est une bonne idée. Parce que moi, je ne suis pas sûr d’avoir mon certif’…
D’autres avaient acquiescé. Une intense négociation s’était alors ouverte, pour savoir qui irait demander à leur copain, occupé à jouer au ballon contre le mur des WC, pour se réchauffer en ce début d’hiver. Le Cérétan fut délégué : étant le plus riche, son avenir était tout tracé, il ne pouvait donc pas être soupçonné d’avoir des intérêts contraires à ceux de Pere. À la question pressante du garçon, le joueur avait répondu :
- Pourquoi pas ? Mais mon père dit que tout travail mérite salaire. Alors, vous me proposez quoi en échange ?
- Ah, et ben … je vais voir les autres !
Le Cérétan avait traversé la cour de récréation au pas de course.
- Il demande qu’on lui donne quelque chose en échange !
- Ouh là… avait fait Josep. C’est qu’on n’a pas grand-chose, nous.
Un autre avait proposé :
- J’ai remarqué qu’il a jamais de goûter. Vous savez comme son père est radin ! On a qu’à lui donner le goûter à tour de rôle.
Approbations générale. Revenu devant les WC, le négociateur avait donc énoncé la proposition. Pere l’avait acceptée d’un hochement de tête, puis posé une question :
- Et on fera ça où ?
- Ben, chez toi !
- Il faut que je demande à ma mère …
Le lendemain, Pere était arrivé avec une mauvaise nouvelle :
- Companys, ma mère ne veut pas. Elle dit que pour son travail, elle a besoin de calme à la maison. Elle dit que si on est six ou sept à parler et à s’agiter dans la maison, elle risque de rater sa couture. Ça ne marche pas.
A ces mots, quelques gamins avaient prit un air désespéré. Le groupe s’était alors assis, qui sur les bancs de pierre, qui dans les embrasures de fenêtres, songeant. Quelques suggestions furent émises : le café ? Non, on est trop jeunes et puis il y a du bruit. La cabane de berger, sur le chemin de Villargeil ? Elle menace de s’effondrer, personne ne l’entretient depuis la mort du vieil Etienne. La grange du père Capell ? Il a prévu d’y entreposer ses olives à la fin de la récolte. Le vieux chêne ? Un frisson avait parcouru l’échine des gosses. Le chêne-liège, pourquoi pas, mais il flottait comme un parfum de soufre autour de lui. On disait qu’autrefois, avant que la route ne devienne aussi large, il était caché dans la garrigue, au milieu des genêts, des buis et des ronces. Cela permettait à des bandits que l’imagination fiévreuse des gamins rendaient féroces de s’y cacher des gendarmes. Ils y mettaient aussi  à l’abri leurs tromblons, que dans le pays on appelle trabuc. Le Chêne des Trabucayres. C’était une chouette de bonne idée, car personne n’y allait, mais avait-on vraiment le droit ? Les grandes personnes évitaient de le regarder, même l’Emile préférait jeter son solex dans les broussailles plutôt que de l’appuyer au tronc rugueux, quand il allait voir ses ruches.
Un des gamins, connaissant l’histoire,  l’avait racontée au groupe :
- Les Trabucayres, ça a commencé en Espagne, à la mort d’un roi. Il y a eu la guerre entre la reine, qui voulait que sa fille hérite alors que c’était un bébé et le frère du roi qui voulait la couronne pour lui. Au début, les Trabucayres étaient dans l’armée du frère. Et puis la guerre a cessé, repris, cessé. Quand la guerre s’arrêtait, ils ne savaient pas quoi faire et ils manquaient d’argent. Alors petit à petit ils sont devenus bandits : ils arrêtaient une diligence, pillaient les voyageurs et emmenaient des otages en France pour les cacher et demander une rançon. Des fois, ils tuaient des voyageurs ou des otages. À la fin, ils se sont fait prendre et ont tous été exécutés.
- C’est quoi une rançon ? avait demandé Josep.
- Je t’expliquerai, avait répondu Pere. Alors des bandits, il n’y en a plus ?
- Non, ils sont morts, il y a presque cent ans.
- Bon, ben alors on fera les leçons là-bas.




[1] Companys : compagnons

lundi 16 septembre 2013

des bandits en culottes courtes #1



La frêle silhouette du garçon était écrasée par celle, massive, de l’immense chêne-liège. Il cria, à l’adresse de l’immense fissure qui parcourait le tronc.
- Oh, les gars ?
- C’est toi, Josep ? Entre !
La voix sortait de la fente. Josep s’approcha et salua Pere qui demanda :
- Alors, qu’est-ce que tu as amené ?
- Je suis monté au mas Berdaguer pour ramasser des asperges sauvages. Tiens, ta mère te fera une omelette.
- Merci Josep. Qu’est-ce que tu vas faire aujourd’hui ?
- Eh ben …
Josep se dandina d’une jambe sur l’autre. C’était gênant de parler devant les autres,
- J’ai pas bien compris comment on écrit « an », avec l’histoire des m et des n …
- Viens t’asseoir là, je vais t’expliquer.
A l’intérieur de ce vieux tronc formidable, une cavité. L’ombre y était presque froide en ce début de printemps. Le long des parois, des bancs sculptés. Deux garçons y travaillent en silence.
Jean avait douze ans. Son père avait décidé qu’il travaillerait la terre, comme lui. Pour cela, il était bien inutile de dépenser l’argent de la famille en études. Mais Jean voulait à tous prix avoir son certif’, loupé l’année dernière. Il avait tant et tant supplié sa mère, promettant de travailler double, aux champs et à l’école, qu’elle avait fléchi et convaincu son mari de le laisser refaire sa dernière année. Alors, pendant les séances de travail dans le chêne-liège avec Pere, il était très concentré, n’ayant pas le droit à l’échec. Plongé dans des exercices idiots de baignoires qui se remplissent et se vident en même temps, il ne leva pas les yeux sur le petit.
Le Cérétan accueillit le Petit en lui donnant deux crayons. Fils d’un gros propriétaire terrien employant bon nombre de paysans sans terre, dont le père de Josep, produisant de l’olive, des fruits, du vin, il tirait une certaine gloire de la richesse de sa famille. Comme les dames patronnesses du siècle d’avant, il se sentait le devoir de faire le bien. Ainsi le Cérétan amenait souvent pour les leçons au sein de l’arbre du papier, de l’encre, des plumes, des crayons.
Ils étaient peu nombreux ce jour-là : pendant les vacances de Pâques, les copains se laissaient aller un peu à la paresse ou étaient réquisitionnés par leurs paternels pour les travaux des vignes.

A la même heure,  M. Legrand, poussa la porte du café.
- Adieu ! lança-t-il à la cantonade, couvrant la voix de Luis Mariano qui sortait du poste de radio.
Dans ses habitudes d’homme du nord, « adieu », c’était « au revoir ». Bizarrement, ici, c’était aussi « bonjour ». Ça, il avait pris le coup. Par contre, le vent de ce Roussillon chaud en diable, impossible de s’y faire. Un jour la tramontane, un autre la marinade, l’une qui chasse les nuages, l’autre qui les ramène, tout cela un peu pour rien car ils crèvent rarement dans ce pays d’une aridité redoutable. Tous les jours, quel que soit le sens du vent, il venait au café prendre un petit verre de vin doux. Et quand c’était nécessaire, il entreprenait le père de tel ou tel élève sur une bêtise commise en classe, ou sur un exploit … Ce jour-là, il avisa celui de Pere, qui achevait une partie de « truc »[1] et se levait pesamment.
- Bonjour, Monsieur, fit-il poliment.
L’autre ne répondit pas, mais fit du pouce le geste de soulever son béret.
- Je voudrais bien vous entretenir un peu de votre fils, Pierre. Puis-je vous offrir un verre ?
- C’est pas de refus.
- Vous avez sans doute constaté sur les bulletins de Pierre (M. Legrand utilisait la version française des prénoms de ses élèves, car le catalan était interdit à l’école) que ses notes sont exceptionnelles.
- Ben, c’est ce que dit ma femme.
A ces mots, l’instituteur compris qu’il avait fait une bourde, que l’homme ne savait pas lire, ou très peu. Il tenta de passer outre.
- C’est un élève remarquable, vous savez. Il a une très bonne mémoire, une belle écriture et il réussit tous les exercices : problèmes de mathématiques, rédactions… Souvent, je lui donne quelques exercices supplémentaires, car il finit avant les autres. De toute ma carrière -j’ai tout de même fait quinze ans dans l’enseignement- je n’ai jamais vu un élève si doué.
Pendant tout le discours, l’autre garda son regard rivé sur le verre de vin doux dans sa main.
- Vous savez qu’il fait la classe à votre place, le soir ?
L’instituteur fut brusquement agacé.
- Ce n’est pas tout à fait cela, monsieur. Il aide ses camarades à revoir leurs leçons, à faire leurs devoirs. Et parfois il explique à nouveau à ceux qui n’ont pas compris. J’apprécie beaucoup cette initiative et je l’en ai félicité.
- Alors vous pensez qu’il pourrait devenir instituteur ?
- Il pourrait faire beaucoup de choses, médecin, ingénieur. Pourquoi pas entrer en politique ?
- Maire ?
- Il faut viser plus haut ! Député, voyons ! Mais pour arriver à cela, il faudrait l’envoyer au lycée.
Le lycée… Dans un petit village comme celui-ci, cela voulait dire Perpignan, le lycée Arago, l’internat, des dépenses.
- Vous savez, on est pas ben riches…
- Allons donc ! Avec les superbes réalisations de votre femme (elle était couturière) et vos productions d’olives et d’amandes, cela ne va pas si mal pour vous… De plus, Pierre est fils unique, je pense que vous voulez ce qu’il y a de mieux pour lui. Enfin, nous pourrions faire une demande de bourse.
- Je dois d’abord en parler à ma femme.
M. Legrand sourit intérieurement. Cette courte phrase voulait dire d’une part : il faut y réfléchir, et d’autre part : c’est ma femme qui décide, comme dans tous les pays du sud. Cependant, dans le dur combat qui consistait à convaincre un paysan de l’après-guerre que l’avenir de son fils n’est pas à la terre, l’instituteur venait de gagner la première bataille.  


[1] Jeu de cartes ou les partenaires communiquent par toutes sortes de signes

mardi 11 décembre 2012

Il faut sauver le chêne adolescent



Ou du moins c’est ce qu’ont dit certains lecteurs. Je partage leur avis. Oui mais voilà…

Au printemps, j’ai écrit, beaucoup. J’y ai passé du temps. Puis en automne j’ai lu, relu, corrigé, mis en page… Enfin, depuis un grand mois, comme tout auteur qui se respecte, je me suis occupée de faire la promotion de D’un monde à l’autre. Et dans tout cela, j’ai  négligé nos deux chênes !

Le vieillard se débat toujours contre la maladie et l’insouciante poussée de sève de son rejeton. Antoine a écrit sa lettre aux élus potentiels, et organisé son voyage en Finlande. Voici où nous en sommes.

Que va-t-il se passer maintenant ? Je lance ici un appel solennel à suggestions : qu’imaginez-vous pour la suite ? Donnez-moi via des commentaires vos idées et je les écrirai. Antoine ira-t-il en Finlande ? La stratégie du professeur Hapstein marchera-t-elle ? Le vieux chêne sera-t-il sauvé ? Et le jeune ? Qui a gagné les élections ? Bref, mettez-votre imagination (celle qui manque aux livres du  futur) en marche, donnez-moi des pistes en quelques lignes et nous finirons ensemble cette nouvelle communautaire !

Rappelez-vous, le texte déjà écrit l’a été en sept parties, par 5 contributeurs dont ma plume.

Et voici pour ceux qui ont la mémoire courte la nouvelle à finir « Chêne adolescent » : 



Un peu en retrait du chemin poussait un chêne. Un tronc presque droit, une ramure équilibrée, il avait tout de l’arbre vénérable. A ses côtés, un rejeton avait pris racine. Haut de deux mètres environ, ses rares branches se jetaient farouchement à l’opposé de son grand frère, comme si une force magnétique les repoussait. Cela lui donnait un aspect tordu et grêle, d’un bel effet comique.

Un observateur passant par là un jour de soleil aurait vite compris que le petit arbre recherchait avidement la lumière, absorbée par l’abondant feuillage du chêne dominant. Aucune force de répulsion là dedans !

On pouvait imaginer le jeune blanc-bec pestant en son for intérieur, se demandant quand l’autre crèverait et lui laisserait enfin profiter du soleil et se redresser. Et l’observateur aurait eu envie de lui conseiller de ronger son frein…

Les hôtes, il n'en avait pas manqué pourtant.

Un troubadour, ivre de ses strophes, avait bien livré quelques confessions sur des cahiers aux rythmes de guitare. Il avait presque osé graver les petits noms d'Hélène ou de la Jeanne sur le tronc du vénérable feuillu. Vinrent également de respectables charpentiers songeant à de robustes chevrons, des bûcherons enhardis par le marché du bois de chauffage et même un évêque... Pourquoi un évêque me direz-vous ?

Un projet de création de chapelle dédiée à Sainte Félicie avait cours à cette époque, l'argument majeur semblait se teinter de piété mais le but était bien différent. Il s'agissait de fournir quelques précieux subsides au pauvre diocèse. Après tout, n'y avait-il pas un exemple à Allouville-Bellefosse[1] en Normandie ?

Et le petit chêne, tout tordu, dépossédé de lumière frémissait d'envie à la vue de si augustes personnages. Ce n'est pas sur ces flancs que s'exposeraient les ébauches d'amoureux de passage.

Mais, vint à son tour une dernière visite, sinistre, envahissante, nécrosante pour le bel arbre : la phytophthora ramorum[2]. La maladie s'installa rapidement, infiltrante et pénétrante comme les rayons de soleil de cet automne qui allait s'avérer funeste pour l'un des deux arbres.

Ce furent donc désormais plutôt des spécialistes agricoles, forestiers et pépiniéristes qui défilèrent devant les deux arbres. Il était fascinant de constater comme la maladie semblait les réunir et les prendre tous deux d'une même étreinte. Les troncs, feuillages, branches et écorces des deux arbres portaient les mêmes stigmates : colorations effritantes et crevasses pourrissantes.

Les deux arbres ne semblaient plus se déployer vers le ciel dans des directions opposées mais s'enfoncer ensemble dans le sol d'un même épuisement maladif et des mêmes reflets soufrés. Des photos furent prises, des articles parurent dans la presse locale, puis nationale.

C'est alors qu'on découvrit que le grand arbre avait été planté là par les grands parents paternels de l'un des deux favoris à l'élection présidentielle de 2012 ! Dès lors ce fut une nouvelle vague de visiteurs, journalistes et analystes politiques. Il se produisit une véritable floraison hivernale d'articles sur nos partis politiques, aussi malades que les deux arbres, par le manque de lumière du à la prééminence d'un chef hyper-écrasant et par les crevasses décolorantes dues aux égoïsmes et rivalités permanentes...

Désormais, les deux chênes, unis dans la déchéance de leurs êtres, devinrent les symboles d'une France en crise. Le défilé incessant des candidats souillait la nature encore fraiche à leurs racines.
Les plus véhéments à haranguer les citoyens au pied des deux grands malades étaient les écologistes, armés d'un bataillon de photographes, d'équipes de tournage, de maquilleurs, sans compter les redoutables attachés en communication, piétinant les herbes, rabrouant les mousses, écrasant les bois morts, afin de rendre l'endroit praticable pour l'éminence du parti.
Sentant soudain l'électorat sensible à la cause, la droite se fit forte de redorer son blason en décrétant que l'éradication de la phytophthora ramorum deviendrait une priorité nationale suite à l'élection, et que plus que jamais le chêne représentait l’emblème du mouvement.
La gauche voyait dans ce tableau l'allégorie du faible contre le fort, la lutte des classes, le combat ouvrier, et calomniait à mots couverts le candidat de droite en le comparant au chêne adolescent. Elle susurrait que, tout comme lui,  le jeune chêne  n’avait survécu jusque-là que grâce à la protection du vieux, et qu’à présent, ce roquet s’emparait de sa sève pour subsister.
Devant les bassesses des petits hommes, les deux chênes, qui en avaient vu d’autres, sentaient la pourriture les étreindre et  le changement se profiler. Bientôt, leur vigoureux  houppier d’antan ne serait plus qu’un tronc écourté et colonisé par des mousses et insectes.
Pendant ce temps, les océans, mers et étendues d’eaux n’avaient de cesse, plus que d'envie de rappeler à l’ordre ce ramassis de fossoyeurs terrestres, face à la destruction massive des espérances de rappeler chacun à ses obligations. Personne ne s'en préoccupait. C'est en observant un à un des immeubles marins remporter une victoire silencieuse sur la quête d’évasion des peuples, que trente-sept y ont laissé la vie, presque dans le plus grand silence... Ils étaient plus de vingt plus de cent ils étaient des milliers à pleurer désormais sur leurs erreur, d’avoir voulu, d'avoir tenté d'oublier leur malheur en misant sur leurs petites ou grandes économies à seule fin de se la couler sur la grande bleue et tenter de voir ailleurs si le meilleur s’y trouvait.

Même les eaux de la terre n’ont pas attiré l’affliction justifiée par ces tristes événements. Sur ces lieux sinistrés, aucune estafette de droite, de gauche, du centre, de vert, de rouge, de … Personne et pourtant… Pendant ce temps, un arbre, gros certes, dont on a dit qu'il était de la catégorie des chênes, alors donc, un vieux chêne malade, un leurre, une chimère monétaire, tente pour sa part d’éviter les secousses en passant entre les meetings, les naufrages, les massacres de journalistes, pour tenter de faire oublier qu'après avoir mené le sol de ce monde, il a avec plus que de passion, jouit et abusé de quelques feux de rampe et joyeux joyaux sans contrainte mais avec le soutien de quelques magnats, promoteurs, et autres grands de ce monde. Le vieux chêne s’est politiquement, humainement énucléé dans une sombre chambre, d’une non moins sombre histoire. Médias et masses se sont infiltrés dans les dernières branches auxquelles il a tenté de faire appel pour évoquer sa grandeur passée. Quelle tristesse pour un vieil arbre, mais quel honneur pour la nature. Quelle belle loi que celle de l'immuable éviction des produits malades, condamnés à un pourrissement naturel afin de fourbir terreau et tourbe pour voir refleurir de gauche, de droite, du centre des bois, des plaines et des jardins, ces jeunes glands qui s’enracineront et dont on saura avec le temps s’ils sont faits pour durer.

De nos deux chênes l’un plus que l’autre est appelé à en tomber… de cette volonté de grandir. L’on sait maintenant que seul l’enracinement est la valeur de l'humble. Soyons donc pauvre pour vivre mieux. Mais ne mélangeons pas les propos, ni les candidats à la prestigieuse étole, ni les imposteurs, ni les diffamateurs ne trouveront de place dans le terroir. Qu’est-ce que le chêne sinon un gland à faire germer ? Quel boutonneux se dégagera ?
Le meilleur rassemblement ne procède-t-il pas d’une simple observation de notre mère nature : le jasmin? le chêne ? Et le cèdre aujourd'hui que devient-il ?
La chambre n’est éclairée que par l’écran de l’ordinateur sur le bureau et une petite veilleuse à côté du lit, à l’opposé de la pièce. Concentré, le visage du jeune homme est troublé des ombres et lumières de la page affichée. Il a dix-sept ans, il ne vote pas. Il se fiche bien des déclarations des candidats de droite, de gauche ou du milieu, toutes inaptes selon lui à sauver les chênes. C’est son unique préoccupation. Le petit arbre a sans doute son âge. Ou peut-être pas, mais il aime à y croire. C’est son frère, son cousin, le jeune qui tente d’exister à l’ombre du vieux. Comme lui. C’est qu’ils sont tellement usants, ses parents, à lui faire des leçons sur la vie d’adulte ! Mais il a son plan pour les surprendre, on verra ce qu’on verra.
 
  L’heure du rendez-vous Skype approche. Le Professeur Hapstein va enfin lui donner les résultats de ses analyses.
- Bonjour Professeur.
- Hello Antony.
Le professeur a du mal à l’appeler Antoine, bien qu’il parle parfaitement français.
- Comme nous l’avions convenu, J’ai examiné les deux échantillons avec cette nouvelle méthode d’imagerie nucléaire. Tu sais que tu as un sacré instinct, boy ?
Antoine rougit. Il se rappelle ses observations, il ya quelques mois. Une infime nuance dans les colorations effritant l’aubier et s’enfonçant dans le bois des deux arbres. Un peu plus rouille sur l’ancien tronc, un rien plus blond sur le cadet. Il avait alors entamé de longues recherches sur Internet : aucune mention de phytophthora ramorum de couleur blonde.

  La maladie était quasi impossible à soigner, usuellement on finissait par abattre et brûler les chênes atteints. L’épidémie ne se propageait pas aux autres variétés, le jasmin et le cèdre étaient protégés.
- Je vous écoute, prof.
- Eh bien il s’agit d’une forme mutante de la phytophthora, inconnue chez nous aux US. Je ne sais pas pourquoi le champignon a évolué, mais ça ouvre peut-être des perspectives de traitement. Je te propose de continuer mes recherches et pour cela…

  La conservation se poursuivit tard dans la soirée. Antoine était très excité. Dans cette dernière ligne droite avant les élections (premier tour dans deux semaines), il allait donner une leçon aux candidats. Ça ne sert à rien de causer, il faut agir. Et proposer quelque chose de concret. Le plus gros des deux chênes est condamné. Alors pourquoi ne pas y creuser cette fameuse chapelle qui laissera un souvenir aux futures générations ? Et élaguer ses plus grosses branches pour donner de l’air et de la lumière au plus petit, ce chêne adolescent que le plan de bataille du professeur Hapstein pourrait sauver, peut-être.

  Enfin un peu d’espoir dans cette campagne électorale fermée et parfois stupide. Sans attendre, il commence à écrire une lettre ouverte aux aspirants présidents, qu’il enverra cette nuit même aux journaux.

Au fond de lui, Anthony a une idée du nom qui apparaîtra le dimanche a 20 heures sur tous les écrans de télévision, mais pour le moment ce n'est nullement sa préoccupation, car il est plongé dans une forme d'hypnose, sauver cet arbre relève de l’obsessionnel. Son souci  majeur: Sauver le chêne adolescent, il a entendu une fois comme ça par hasard qu'en Finlande, pays maîtrisant l'industrie et le traitement du bois, que les scientifiques arrivaient a stopper certains maux qui rongeaient les arbres, c'est décidé, il ira en Finlande voir ça de plus près, mais il partira le lundi, il voudrait d'abord partager avec ses camarades la victoire de son candidat, même si avant il donnait l'impression qu'il ne s'intéressait pas a ces élections. 


[1]    http://fr.wikipedia.org/wiki/Chêne_d'Allouville
[2]    http://goo.gl/IaJVd
 

lundi 4 juin 2012

Chêne Adolescent #7

Ah ce chêne ! On n'en finit plus de le sauver ! Nous nous y sommes déjà mis à 6 auteurs, aujourd'hui c'est @ASouidi de Twitter qui y contribue... A qui le tour ensuite ?

Rappel du début du texte: 
http://encrebleunuit.blogspot.fr/2012/05/chene-adolescent-6.html 

Au fond de lui, Anthony a une idée du nom qui apparaîtra le dimanche à 20 heures sur tous les écrans de télévision, mais pour le moment ce n'est nullement sa préoccupation, car il est plongé dans une forme d'hypnose, sauver cet arbre relève de l’obsessionnel. Son souci  majeur: sauver le chêne adolescent, il a entendu une fois comme ça par hasard qu'en Finlande, pays maîtrisant l'industrie et le traitement du bois, les scientifiques arrivaient à stopper certains maux qui rongeaient les arbres. C'est décidé, il ira en Finlande voir ça de plus près, mais il partira le lundi, il voudrait d'abord partager avec ses camarades la victoire de son candidat, même si avant il donnait l'impression qu'il ne s'intéressait pas à ces élections. 

vendredi 4 mai 2012

Chêne adolescent #6

Le chêne adolescent sera-t-il sauvé ? Mourra-t-il écrasé par l'ampleur du vieux ? Découvrez-le dans ces lignes que je vous offre, en attendant une suite...

rappel du texte ici


  La chambre n’est éclairée que par l’écran de l’ordinateur sur le bureau et une petite veilleuse à côté du lit, à l’opposé de la pièce. Concentré, le visage du jeune homme est troublé des ombres et lumières de la page affichée. Il a dix-sept ans, il ne vote pas. Il se fiche bien des déclarations des candidats de droite, de gauche ou du milieu, toutes inaptes selon lui à sauver les chênes. C’est son unique préoccupation. Le petit arbre a sans doute son âge. Ou peut-être pas, mais il aime à y croire. C’est son frère, son cousin, le jeune qui tente d’exister à l’ombre du vieux. Comme lui. C’est qu’ils sont tellement usants, ses parents, à lui faire des leçons sur la vie d’adulte ! Mais il a son plan pour les surprendre, on verra ce qu’on verra.
 
  L’heure du rendez-vous Skype approche. Le Professeur Hapstein va enfin lui donner les résultats de ses analyses.
- Bonjour Professeur.
- Hello Antony.
Le professeur a du mal à l’appeler Antoine, bien qu’il parle parfaitement français.
- Comme nous l’avions convenu, J’ai examiné les deux échantillons avec cette nouvelle méthode d’imagerie nucléaire. Tu sais que tu as un sacré instinct, boy ?
Antoine rougit. Il se rappelle ses observations, il ya quelques mois. Une infime nuance dans les colorations effritant l’aubier et s’enfonçant dans le bois des deux arbres. Un peu plus rouille sur l’ancien tronc, un rien plus blond sur le cadet. Il avait alors entamé de longues recherches sur Internet : aucune mention de phytophthora ramorum de couleur blonde.

  La maladie était quasi impossible à soigner, usuellement on finissait par abattre et brûler les chênes atteints. L’épidémie ne se propageait pas aux autres variétés, le jasmin et le cèdre étaient protégés.
- Je vous écoute, prof.
- Eh bien il s’agit d’une forme mutante de la phytophthora, inconnue chez nous aux US. Je ne sais pas pourquoi le champignon a évolué, mais ça ouvre peut-être des perspectives de traitement. Je te propose de continuer mes recherches et pour cela…

  La conservation se poursuivit tard dans la soirée. Antoine était très excité. Dans cette dernière ligne droite avant les élections (premier tour dans deux semaines), il allait donner une leçon aux candidats. Ça ne sert à rien de causer, il faut agir. Et proposer quelque chose de concret. Le plus gros des deux chênes est condamné. Alors pourquoi ne pas y creuser cette fameuse chapelle qui laissera un souvenir aux futures générations ? Et élaguer ses plus grosses branches pour donner de l’air et de la lumière au plus petit, ce chêne adolescent que le plan de bataille du professeur Hapstein pourrait sauver, peut-être.

  Enfin un peu d’espoir dans cette campagne électorale fermée et parfois stupide. Sans attendre, il commence à écrire une lettre ouverte aux aspirants présidents, qu’il enverra cette nuit même aux journaux.
 

lundi 2 avril 2012

Chêne adolescent, rapport d'étape.

Bonjour, 


Quatre lecteurs et amateurs d'encre, quelle que soit sa couleur, ont contribué à fonder l'histoire du "Chêne Adolescent". Voici donc le "texte intégral", en attendant un nouveau départ de ce texte, dont je vais me charger... 

merci à Jean-Claude (voir son blog), Alain, @Lvir et @ilétaitunevoie alias Romancière Saviezza pour leurs contributions.


Bonne lecture !


Un peu en retrait du chemin poussait un chêne. Un tronc presque droit, une ramure équilibrée, il avait tout de l’arbre vénérable. A ses côtés, un rejeton avait pris racine. Haut de deux mètres environ, ses rares branches se jetaient farouchement à l’opposé de son grand frère, comme si une force magnétique les repoussait. Cela lui donnait un aspect tordu et grêle, d’un bel effet comique.

Un observateur passant par là un jour de soleil aurait vite compris que le petit arbre recherchait avidemment la lumière, absorbée par l’abondant feuillage du chêne dominant. Aucune force de répulsion là dedans !

On pouvait imaginer le jeune blanc-bec pestant en son for intérieur, se demandant quand l’autre crèverait et lui laisserait enfin profiter du soleil et se redresser. Et l’observateur aurait eu envie de lui conseiller de ronger son frein…

Les hôtes, il n'en avait pas manqué pourtant.

Un troubadour, ivre de ses strophes, avait bien livré quelques confessions sur des cahiers aux rythmes de guitare. Il avait presque osé graver les petits noms d'Hélène ou de la Jeanne sur le tronc du vénérable feuillu.  Virent également de respectables charpentiers songeant à de robustes chevrons, des bûcherons enhardis par le marché du bois de chauffage et même un évêque... Pourquoi un évêque me direz-vous ?

Un projet de création de chapelle dédiée à Sainte Félicie avait cours à cette époque, l'argument majeur semblait se teinter de piété mais le but était bien différent. Il s'agissait de fournir quelques précieux subsides au pauvre diocèse. Après tout, n'y avait-il pas un exemple à Allouville-Bellefosse[1] en Normandie ?

Et le petit chêne, tout tordu, dépossédé de lumière frémissait d'envie à la vue de si augustes personnages. Ce n'est pas sur ces flancs que s'exposeraient les ébauches d'amoureux de passage.

Mais, vint à son tour une dernière visite, sinistre, envahissante, nécrosante pour le bel arbre : la phytophthora ramorum[2]. La maladie s'installa rapidement, infiltrante et pénétrante comme les rayons de soleil de cet automne qui allait s'avérer funeste pour l'un des deux arbres.

Ce furent donc désormais plutôt des spécialistes agricoles, forestiers et pépiniéristes qui défilèrent devant les deux arbres. Il était fascinant de constater comme la maladie semblait les réunir et les prendre tous deux d'une même étreinte. Les troncs, feuillages, branches et écorces des deux arbres portaient les mêmes stigmates : colorations effritantes et crevasses pourrissantes.

Les deux arbres ne semblaient plus se déployer vers le ciel dans des directions opposées mais s'enfoncer ensemble dans le sol d'un même épuisement maladif et des mêmes reflets soufrés. Des photos furent prises, des articles parurent dans la presse locale, puis nationale.

C'est alors qu'on découvrit que le grand arbre avait été planté là par les grands parents paternels de l'un des deux favoris à l'élection présidentielle de 2012 ! Dès lors ce fut une nouvelle vague de visiteurs, journalistes et analystes politiques. Il se produisit une véritable floraison hivernale d'articles sur nos partis politiques, aussi malades que les deux arbres, par le manque de lumière du à la prééminence d'un chef hyper-écrasant et par les crevasses décolorantes dues aux égoïsmes et rivalités permanentes...

Désormais, les deux chênes, unis dans la déchéance de leurs êtres, devinrent les symboles d'une France en crise. Le défilé incessant des candidats souillait la nature encore fraiche à leurs racines.
Les plus véhéments à haranguer les citoyens au pied des deux grands malades étaient les écologistes, armés d'un bataillon de photographes, d'équipes de tournage, de maquilleurs, sans compter les redoutables attachés en communication, piétinant les herbes, rabrouant les mousses, écrasant les bois morts, afin de rendre l'endroit praticable pour l'éminence du parti.
Sentant soudain l'électorat sensible à la cause, la droite se fit forte de redorer son blason en décrétant que l'éradication de la phytophthora ramorum deviendrait une priorité nationale suite à l'élection, et que plus que jamais le chêne représentait l’emblème du mouvement.
La gauche voyait dans ce tableau l'allégorie du faible contre le fort, la lutte des classes, le combat ouvrier, et calomniait à mots couverts le candidat de droite en le comparant au chêne adolescent. Elle susurrait que, tout comme lui,  le jeune chêne  n’avait survécu jusque-là que grâce à la protection du vieux, et qu’à présent, ce roquet s’emparait de sa sève pour subsister.
Devant les bassesses des petits hommes, les deux chênes, qui en avaient vu d’autres, sentaient la pourriture les étreindre et  le changement se profiler. Bientôt, leur vigoureux  houppier d’antan ne serait plus qu’un tronc écourté et colonisé par des mousses et insectes.
Pendant ce temps, les océans, mers et étendues d’eaux n’avaient de cesse, plus que d'envie de rappeler à l’ordre ce ramassis de fossoyeurs terrestres, face à la destruction massive des espérances de rappeler chacun à ses obligations. Personne ne s'en préoccupait. C'est en observant un à un des immeubles marins remporter une victoire silencieuse sur la quête d’évasion des peuples, que trente-sept y ont laissé la vie, presque dans le plus grand silence... Ils étaient plus de vingt plus de cent ils étaient des milliers à pleurer désormais sur leurs erreur, d’avoir voulu, d'avoir tenté d'oublier leur malheur en misant sur leurs petites ou grandes économies à seule fin de se la couler sur la grande bleue et tenter de voir ailleurs si le meilleur s’y trouvait.

Même les eaux de la terre n’ont pas attiré l’affliction justifiée par ces tristes événements. Sur ces lieux sinistrés, aucune estafette de droite, de gauche, du centre, de vert, de rouge, de … Personne et pourtant… Pendant ce temps, un arbre, gros certes, dont on a dit qu'il était de la catégorie des chênes, alors donc, un vieux chêne malade, un leurre, une chimère monétaire, tente pour sa part d’éviter les secousses en passant entre les meetings, les naufrages, les massacres de journalistes, pour tenter de faire oublier qu'après avoir mené le sol de ce monde, il a avec plus que de passion, jouit et abusé de quelques feux de rampe et joyeux joyaux sans contrainte mais avec le soutien de quelques magnats, promoteurs, et autres grands de ce monde. Le vieux chêne s’est politiquement, humainement énucléé dans une sombre chambre, d’une non moins sombre histoire. Médias et masses se sont infiltrés dans les dernières branches auxquelles il a tenté de faire appel pour évoquer sa grandeur passée. Quelle tristesse pour un vieil arbre, mais quel honneur pour la nature. Quelle belle loi que celle de l'immuable éviction des produits malades, condamnés à un pourrissement naturel afin de fourbir terreau et tourbe pour voir refleurir de gauche, de droite, du centre des bois, des plaines et des jardins, ces jeunes glands qui s’enracineront et dont on saura avec le temps s’ils sont faits pour durer.
De nos deux chênes l’un plus que l’autre est appelé à en tomber… de cette volonté de grandir. L’on sait maintenant que seul l’enracinement est la valeur de l'humble. Soyons donc pauvre pour vivre mieux. Mais ne mélangeons pas les propos, ni les candidats à la prestigieuse étole, ni les imposteurs, ni les diffamateurs ne trouveront de place dans le terroir. Qu’est-ce que le chêne sinon un gland à faire germer ? Quel boutonneux se dégagera ?
Le meilleur rassemblement ne procède-t-il pas d’une simple observation de notre mère nature : le jasmin? le chêne ? Et le cèdre aujourd'hui que devient-il ?


[1]    http://fr.wikipedia.org/wiki/Chêne_d'Allouville
[2]    http://goo.gl/IaJVd