lundi 20 novembre 2017

écriture et grammaire inclusive: l'avis de ce blog



Pendant longtemps j'ai été réfractaire à la féminisation des intitulés de profession. Ingénieur de formation, j’étais fière de pratiquer un métier d’homme, et de l’intégrer dans un monde d’hommes. J’étais donc ingénieur, pas ingénieure.

Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Il n’y a pas de métiers d’hommes et de métiers de femmes, il y a des métiers. Tout le monde peut les exercer, c’est d’abord une question de formation, pas de sexe. Donc, je suis une femme qui exerce le métier d’ingénieur. Je suis une ingénieure.

L'écriture inclusive avec des « . » je la trouve moche. Le point est fait pour séparer des phrases, sa présence à l’intérieur d’un mot heurte les yeux, ce qui ne serait pas très grave si en plus cela n’était pas préjudiciable à la fluidité de la lecture. Dans une époque où on se plaint que beaucoup d’enfants, et d’adultes qui furent enfants, savent mal voire pas lire, c’est un souci. 

Mais il reste pour moi une réalité : dire aux enfants "le masculin l'emporte sur le féminin" a une influence sur la façon dont ils se représentent les relations hommes / femmes. La règle exprimée de cette façon contribue à leur faire croire qu’un garçon, c’est plus qu’une fille. Il existe plusieurs possibilités alternatives : la règle de proximité, la règle de majorité… Mais il serait vraiment dommage de laisser chaque enseignant ou enseignante choisir la règle mise en application. Il est donc urgent que le débat s’ouvre ! Et si possible de façon plus constructive que l’intervention de l’Académie Française : parler de « péril mortel » pour une langue, quelle ineptie ! Pour deux raisons : il s’agit d’abord de remettre en vigueur des règles ayant déjà existé ; une langue qui n’évolue pas avec son temps risque plus de mourir qu’une langue qui s ‘adapte.  Bernard Pivot a aussi écrit quelques tweets regrettables pour un homme qui a autant d’esprit:

La question n’est pas que la formule soit flatteuse, mais qu’elle soit respectueuse du genre de la personne qui en est le sujet.

Sur le long terme, la grammaire inclusive est donc certainement une bonne chose. Il est clair qu'il faudra quelques générations avant que les effets se fassent sentir. Mais cela ne signifie pas pour autant que ce combat d’en vaut pas la peine ! Tout ce qui passe par l’éducation a plus d’efficacité sur la société que la répression d’actes sexistes, même si cette répression est absolument nécessaire.

J'ai donc décidé dorénavant d'essayer d'écrire ainsi, mais sans les "." Par exemple, au lieu de "tou.t.es les invité.e.s," j'écrirai "toutes les personnes invitées". Toutes mes excuses par avance si des fois je me plante !

Et j’espère que le ministre de l’éducation va s’emparer un peu mieux de la question, afin que, dans les écoles, tous nos enfants reçoivent le même enseignement !

lundi 24 juillet 2017

En juin et juillet : de belles lectures...



Le temps presse, juillet est presque fini, j’ai été absorbée par pleins de choses, je pars bientôt en vacances et je ne vous ai pas parlé de mes lectures de juin et juillet !

Si on cherche à résumer en un mot : un sans-faute ou presque ! Bien mieux que la période précédente…

Je ne vais pas avoir le temps de tout commenter en détail. Voici donc quelques pistes…

Voyage vers des noms magnifiques, Béatrice Commengé

J‘ai acheté ce livre pour son titre… magnifique, alors que j’avais été déçue par le roman « l’occasion fugitive du même auteur. Ici, Béatrice Commengé voyage vers des lieux qui se confondent avec un écrivain, évoque l’endroit et sa mémoire. S’il faut parfois une érudition que je n’ai pas pour tout comprendre, je me suis régalée.

La dernière nuit du raïs, Yasmia Khadra

J’ai évoqué sur ce blog comment Yasmina Khadra me fascine quand il chante son amour de la langue française (ici), et comment il a pu me décevoir dans certains romans. Celui-ci est un tour de force : il se glisse dans la peau de Mouammar Kadhafi, et raconte sa dernière nuit avant sa capture puis sa mort. L’homme se souvent de son enfance, de son passé, attend le retour de son fils… en vain. Tout sonne incroyablement juste et es magnifiquement écrit

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel

Ayant aimé « Article 353 du code pénal », j’ai eu envie de tester celui-ci. Un livre déroutant. L’auteur, présent dans le livre, explique ce qu’il aurait écrit qu’il avait écrit un roman américain. Et ce faisant au fil des pages il écrit un roman qui contient tous les clichés américains : héros prof en université, qui trompe sa femme avec une étudiante, … Et je dois bien dire que je n’ai pas dépassé ces poncifs pour trouver autre chose.



Dans le jardin de l’ogre, Leïla Slimani

Le récit d’une addiction sexuelle et du mal qu’elle peut faire dans l’entourage de celle qui en est la victime. Une franche réussite, sans voyeurisme ni récit inutilement cru. Une écriture juste au service d’un roman âpre.

Wilderness, Lance Weller.

Un pavé, une somme, un coup de poing, un émerveillement. Wilderness est une forêt célèbre aux Etats-Unis, ou eut lieu une bataille terrible de la guerre de sécession. Wilderness est aussi le roman d’une vie, celle d’Abel Truman qui vit totalement seul au bord du Pacifique Nord-Ouest depuis de longues années, et quitte cet endroit pour un voyage vers l'est et vers des souvenirs douloureux. Il rencontrera des obstacles, et une rédemption. Wilderness est enfin un roman du genre « nature writing », ou la nature dans sin ensemble est un personnage à part entière du roman, un gene que j’affectionne de plus en plus.

Temps glaciaire, Fred Vargas

Le précédent, l’armée furieuse, ne m’avait pas vraiment plu. Alors j’ai hésité longtemps avant d’entreprendre cette lecture. C’est un très bon policier avec tout ce qui fait la spécificité de Vargas : l’originalité des intrigues, l’irruption de l’Histoire dans le quotidien, un brin de fantastique lié à une nature qui n’aurait pas livré tous ses secrets… Mais je suis déçue, comme souvent avec les personnages récurrents : Vargas tombe dans le même syndrome que Connelly ou Mankell, réduisant les héros à leurs gimmicks, comme si la vie ne les faisait jamais changer. Et ça me lasse un peu. (J'ai déjà évoqué cette lassitude ici)